‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 115 sur 288 · ACTE I, SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIV

HÉLÈNE

Madame ! Mais il ne faut pas m'appeler madame. 11 faut m'appeler He'lène, comme autrefois.

PERVENCHE

Gomme à la pension... Oh! non, ce n'est pas possible.

HÉLÈNE

Et pourquoi ?

PERVENCHE

Il s'est passé trop de choses depuis ce temps-là.

HÉLÈNE

Depuis huit ans... c'est vrai, il y a au moins huit ans qu'on ne s'était pas vues.

PERVENCHE

L'autre soir, quand nous nous sommes rencontrées au théâtre, je n'ai pas pu m'empêcher de vous parler.

HÉLÈNE

Vous avez joliment bien fait, j'avais gardé un très bon souvenir de vous... J'ai été très contente...

PERVENCHE

Oui, mais après, j'ai réfléchi...

HÉLÈNE

Ah!

PERVENCHE

J'ai réfléchi que j'avais peut-être tort, dans ma position.

HÉLÈNE

Je ne comprends pas... Dans quelle position êtes-vous donc ?

PERVENCHE

Je ne m'appelle plus Juliette Boursier. Je m'appelle Pervenche, tout simplement. Je suis devenue une cocotte.

HÉLÈNE

Une cocotte ?

PERVENCHE

Oui, j'ai mal tourné. Vous êtes fâchée que je sois venue, n'est-ce pas?

Mais non, mais non ! Voilà une idée î Et comment ça s'est-il fait ?

PERVENCHE

A dix-huit ans. Vous vous rappelez Georges?

HÉLÈNE

Non...

PERVENCHE

Le frère de Sophie Allain? Il me promettait le mariage. Alors, je lui ai cédé.

HÉLÈNE

Et il ne vous a pas épousée ?

PERVENCHE

Non! Quelque temps après, — je vous parle à cœur ouvert, parce qu'il me semble que vous ne m'en voudrez pas, — quelque temps après, j'ai fait la connaissance d'Edouard, qui me jurait aussi que nous nous marierions. 11 faut vous dire que je n'avais qu'un rêve, c'était de me marier... parce que je trouve que, pour une femme, il n'y a rien au-dessus du mariage... C'est cette idée qui m'a perdue.

HÉLÈNE

Alors, Edouard ne vous a pas plus épousée que Georges ?

PERVENCHE

Non. J'ai fait une troisième tentative...

HÉLÈNl

Pardon. Combien de tentatives avez-vous laites. sans indiscrétion ?

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