‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 174 sur 288 · LE ROUSSEL · texte numérisé non relu

LE ROUSSEL

Si vous persistez à refuser, je suis capable de faire un malheur.

HÉLÈNE

Oh!

Oui... Je prendrai ces trois cent mille francs en biïlets de banque, vous m'entendez, en un gros paquet de billets de banque, je descendrai dans la rue, et la première femme laide, très laide que je rencontrerai, je me mettrai à genoux devant elle et je les lui offrirai. Et on m'enfermera. Et c'est vous qui en serez la cause.

HÉLÈNE

Que voulez-vous ? Je ne peux pas croire à la sincérité de votre repentir.

LE HOUSSEL.

Mais pourquoi? Pourquoi à la fin ?... Est-ce que, à part l'incident que nous oublions tous les deux, je n'ai pas toujours été correct vis-à-vis de vous? Est-ce que je ne me suis pas toujours comporté en homme du monde? Vous l'avez reconnu vous-même souvent... Je faisais vos commissions aux courses... Quand vous vouliez une loge au théâtre, c'est à moi que vous vous adressiez... J'étais votre ami, et la première fois que je vous demande de faire quelque chose

pour moi, vous me refusez ! C'est mal î c'est très mal! Prenez, prenez... un bon mouvement,

Voyons... (Hélène ne prend pas le chèque.) D'ailleurs, je

vais aller l'offrir à Herbaut tout simplement. Où est-il, ce bon Herbaut ?

HÉLÈNE

A la Douillette ! Victime des machinations de Brassac !

LE HOUSSEL, indigné.

A la Douillette? Et pendant ce temps-là, moi. Le Houssel!... Oh! oh! oh!

HÉLÈNE

Vous voyez les remords que vous vous prépariez.

LE HOUSSEL.

Le voici, le chèque, le voici. Vous l'offrirez à votre mari de ma part et vous aurez la générosité de ne jamais lui révéler l'inconvenance que j'ai commise.

HELENE, radoucie, mais sans prendre le chèque.

Et c'est d'autant plus absurde, Le Houssel, que vous ne m'aimez pas du tout !

LE HOUSSEL.

Oh!

HÉLÈNE

Vous ne pouvez pas m'aimer, c'est impossible, vous aimez les femmes bruyantes, tapageuses, moi, je suis plutôt calme. Vous aimez les toilettes excentriques, moi, je m'habille très simplement, avec élégance, mais très simplement. Vous avez en horreur les femmes mariées, vous leur avez toujours préféré les cocottes. Votre vie tout entière est là pour le prouver. Je ne réunis donc aucune des qualités que vous recherchez

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