‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 190 sur 288 · SCENE IX BRASSAC, MOLINEUF · texte numérisé non relu

SCENE IX BRASSAC, MOLINEUF

MOLINEUF.

Bonjour, cher ami.

BRASSAC

Je n'en crois pas mes yeux... C'est vous, Molineuf, qui êtes directeur de la Douillette ?

MOLINEUF.

Enchanté de vous recevoir...

BRASSAC

Si on m'avait dit ça?...

MOLINEUF.

Vous seriez venu plus tôt?...

BRASSAC

Non, mais je vous aurais envoyé mes félicitations.

MOLINEUF.

Gomment se fait-il que vous vous soyez laissé arrêter? Vous, un malin! Ce n'est pas pour vous le reprocher, remarquez bien.

BRASSAC

Oui, mon ami, je me suis laissé coffrer comme un benêt... C'est l'amour...

L'amour?...

BRASSAC

La passion, si vous préférez. La passion, mère de l'imprudence. Je n'étais pas à Bruxelles depuis deux heures, qu'une idée romanesque s'emparait de mon cerveau. Tomber à l'improviste chez

cette femme — une femme, Molineuf, dont je suis éperdument épris, — l'étonner par mon audace et mon mépris du danger, et la posséder à la faveur de cet étonnement.

MOLINEUF.

Bigre! C'était risqué !...

BRASSAC

J'hésite un instant, je ne vous le cache pas. Mais la passion finit par l'emporter. Je me déguise, je prends le train, j'arrive à Paris à minuit, je saute dans un fiacre et à minuit et demi je sonne à sa porte. Une camériste vient m'ouvrir. Je lui tends ma carte et je suis reçu immédiatement. Alors, j'enlève ma fausse barbe et tombant à genoux : « Vous vouliez une preuve d'amour, comtesse. 11 me semble que la voilà, la preuve d'amour. »

MOLINEUF.

Et qu'a-t-cllc dit, la comtesse?

Elle a balbutié des paroles incompréhensibles dans le langage de son pays.

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