ACTE IV, SCÈNE XI
fini... Tenez, hier, j'allais me mettre avec un monsieur, un nommé Glapotin, parce qu'il me faisait la blague de vouloir m'épouser, comme vous. Qu'est-ce que j'apprends au moment de dîner avec lui ? Il est fiancé depuis quinze jours. Je lui ai dit : « Monsieur, fichez-moi la paix, et plus vite que ça! » Parce que, maintenant, j'aimerais mieux travailler de mes dix doigts plutôt que de rester une grue... à moins que je ne puisse pas faire autrement. Et vous, vous êtes marié ?
GEORGES
Non, je suis resté garçon.
PERVENCHE
Vraiment ?
GEORGES
Oui, vraiment.
PERVENCHE, après un silence.
Pourquoi ne m'épouscriez-vous pas?
GEORGES
Hum!
PERVENCHE
Vous hésitez peut-être à cause de la vie que j'ai menée pendant dix ans...
Dame!
PERVENCHE
Je comprendrais ça, si vous n'aviez pas été mon premier amant, si vous étiez seulement le second ou le troisième. Alors, vous n'auriez aucune raison de m'épouser. Mais vous êtes le premier, vous m'avez eue sage, vous devez vous le rappeler. Eh bien! l'important pour épouser un homme, c'est de n'avoir connu personne avant lui. Moi, je n'ai connu personne avant vous. Voilà comment il faut raisonner dans l'existence.
280 LA BOURSE Ol" LA VIE
GEORGES
Je ferai ce que voudrez, Juliette.
PERYEN'CHE.
A demain, alors. Venez me voir, on causera mieux. Au fait, vous ne savez pas où je demeure, 28, rue de Copenhague. Vous demanderez mademoiselle Pervenche — c'est moi. — Au revoir, mon petit Georges, je t'aime encore, tu sais...
(Elle sort en lui envoyant un baiser. Georges sort par la porte du fond.)