‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 213 sur 288 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

CHARLOTTE, étonnée.

Le Havre? Non.

JULIEN

Tant mieux. Je parie même que vous n'avez pas vu la mer depuis longtemps?

CHARLOTTE

Depuis cinq ans. Je suis allée au Mont-Saint- Michel en train de plaisir. Ça et les environs de Paris, voilà tous mes déplacements.

JULIEN

C'est parfait! Alors, vous iriez au Havre volontiers, avouez-le?

CHARLOTTE

C'est même un projet que j'avais fait depuis longtemps, de profiter d'un jour de vacances.

JULIEN

Tout va bien. Figurez- vous que j'ai un procès au Havre lundi.

CHARLOTTE

Un procès que vous plaidez?

JULIEN

Dame ! . . .

CHARLOTTE

Vous plaidez donc quelquefois?

JULIEN

C'est mon état... Il faut donc que je sois là-bas lundi à midi. On pourrait partir ce soir samedi, et on aurait toute la journée du dimanche pour visiter la ville et les environs.

CHARLOTTE

Partir, qui?

JULIEN

Mais, nous deux.

CHARLOTTE

Nous deux !

JULIEN

Vous et moi.

CHARLOTTE

Vous voulez rire?

JULIEN

Je voudrais bien!... Il y a un train ce soir à sept heures cinquante; on arrive à onze heures. Nous dînerions dans le wagon-restaurant en bons camarades... et demain...

CHARLOTTE

Et demain?

JULIEN

Nous ferions une jolie promenade en bateau.

Gomme si de rien n'e'tait.

JULIEN

Voilà!

CHARLOTTE

Eh bien! votre petite combinaison n'est pas pratique du tout.

JULIEN, s' approchant d'elle, tout près.

Vous ne voulez pas?

CHARLOTTE, troublée.

Non. . . c'est impossible. . . Eloignez-vous, voyons. Si on entrait!

JULIEN

Je vous aime beaucoup.

CHARLOTTE

Vous ne m'aimez pas du tout. Vous passeriez volontiers une journée au Havre avec moi, je ne dis pas non...

JULIEN

Je ne vous inspire donc pas un peu de sympathie?

CHARLOTTE

J'en aurai toujours trop.

Page 1