ACTE II, SCÈNE VIII
TOURNEUR, à Charlotte.
Croyez-vous, madame, que j'arriverai jamais à rendre cette gamine-là plus convenable ?
CHARLOTTE
Y tenez- vous beaucoup ?
JOSÉPHINE
Ah! ah!... il serait le premier embêté!
C'est probable.
JOSÉPHINE
Toutes les fois qu'il a été avec une femme convenable, il ne l'a pas gardée plus de huit jours... Il fait des manières devant vous ; mais vous verrez quand vous le connaîtrez davantage !
TOURNEUR
Ce qui ne tardera pas, j'espère... Irez-vous cet été à Trou ville?
CHARLOTTE
Je ne pense pas.
JOSÉPHINE
11 faudra venir. Edmond a une villa magnifique. Nous ferons la fête... A-t-il dû s'en faire des fêtes, là dedans, bon Dieu !
TOURNEUR
Ça, je suis obligé de l'avouer.
JOSÉPHINE
Raconte donc celle d'il y a deux ans.
CHARLOTTE
Les lions?
TOURNEUR
Vous avez entendu parler de la fête des lions ?
CHARLOTTE
Mais je crois bien ! Ça devait être passionnant ! Vous aviez acheté quatre lions...
TOURNEUR
Six.
CHARLOTTE
Ah ! oui, six... je me rappelle.
TOURNEUR
J'avais séparé le grand jardin de la villa en deux parties, et entre les deux j'avais établi une grille de fer, très solide. D'un côté j'avais mis les invités, et, de l'autre, les lions dans leur cage. A un moment donné, on a ouvert la cage, le dompteur s'est retiré rapidement, et les lions, se croyant libres, sont sortis en poussant des hurlements épouvantables.
CHARLOTTE
C'était une idée très originale.
TOURNEUR
Je m'en flatte. Il y a même eu un épisode délicieux, que je n'espérais pas. Le mur de la villa n'était pas très haut, ce qui fait qu'un des lions, le franchisant d'un bond prodigieux, s'est trouvé tout d'un coup sur le bord de la mer, à quelques pas des baigneurs.
CHARLOTTE
Oh!... il n'a mordu personne?
TOURNEUR
Non, mais il ne voulait plus s'en aller. On a été obligé de lui donner du sucre pour le faire rentrer dans sa cage.
CHARLOTTE
J'aurais voulu être là!... Ah! j'entends la porte s'ouvrir: c'est monsieur BréarcL
Elle s'avance vers la porte.)
TOURNEUR, à Joséphine.
Charmante femme !