SCÈNE VI JULIEN, TOURNEUR
TOURNEUR
Tu as raison. Je ne me serais pas permis de te donner un conseil dans une circonstance aussi délicate, mais Simone... peuh !
JULIEN
Je n'y ai pas songé une seconde.
TOURNEUR
Certes, ce doit être une maîtresse charmante !
JULIEN
On le dit.
TOURNEUR
Comment!... Non?
JULIEN
Non.
Ça, je le regrette pour toi !
JULIEN
Moi, je ne le regrette plus. J'ai subi la forte crise; mais j'en suis sorti tout à mon avantage.
TOURNEUR
Tant mieux !
JULIEN
Quel effet ça te fait-il, quand tu t'aperçois qu'une femme se moque de toi?
TOURNEUR
Je n'ai jamais réfléchi beaucoup àçajet'avoue... Et toi?
JULIEN
Moi, quand je m'aperçois de ce détail, quand je reconnais à des signes infaillibles que je vais devenir le simple polichinelle entre les mains de la coquette, cette découverte me refroidit instantanément. Je me représente aussitôt l'état d'abrutissement auquel nous réduit la femme aimée, lorsqu'elle veut s'en donner la peine ; je me remémore des exemples historiques, et de toutes ces réflexions il me vient une grande énergie. Je m'éloigne alors en faisant la révérence le plus poliment du monde, et quelques jours après il n'y paraît plus.
TOURNEUR
Tu n'es pas un passionné, au fond.
Je suis un intermittent... Mais j'ai passé de sales journées !
TOURNEUR
Les femmes ne te rendront jamais très malheureux... moi non plus, du reste.