ACTE II, SCKNE X
LUCIENNE
Mais va donc !
ESTELLE
Il riait... moi aussi, tout en mangeant.
MADAME VARINOIS.
Qu'a fait ton mari ?
LUCIENNE
Oui...
ESTELLE
Il a continué son chemin, très froidement... comme un homme dont la résolution est arrêtée. . . ^h ! je n'ai pas été longue à quitter la pâtisserie. J'ai pris un fiacre et je suis venue ici... Dans certaines circonstances, voyez-vous, il n'y a encore que la famille !
LUCIENNE
Ma pauvre petite Estelle !
ESTELLE
Que va-t-il se passer ?
Oui... Que faire ?
MADAME VARINOIS, prenant chacune de ses filles ]>ar la main, allant les faire asseoir sur un canapé et s'asseyant au milieu d'elles.
Mes enfants, mes chères enfants, il ne faut pas nous faire d'illusions, il y a du trouble dans vos ménages, aussi bien dans le tien que dans celui de ta sœur.
ESTELLE
Toi aussi, Lucienne ?
MADAME VARINOIS.
Elle aussi. Vous étiez faites, l'une et l'autre, pour épouser des garçons élégants, oisifs, fantaisistes, qui auraient compris les nécessités de la vie moderne. Vous êtes tombées sur des hommes, honnêtes évidemment, mais d'une banalité,
hélas! irrémédiable... Voilà bien la situation, n'est-ce pas ?
ESTELLE et LUCIENNE.
Oui, maman.
MADAME VARINOIS.
Elle ne fera qu'empirer avec le temps et deviendra aiguë. (Gestes des deux filles.) Est-ce de votre faute? Est-ce de la leur? Est-ce de ma faute, à moi qui vous ai mariées avec eux? Je l'ignore. Bornons-nous à constater le fait. Vous subissez la fatalité qui entraîne toutes les femmes de votre époque. Vous cherchez quelque chose, vous ne savez pas quoi... Ça peut durer indéfiniment.
LUCIENNE
Et alors?
MADAME VARINOIS.
Par bonheur, mes enfants, vous êtes jeunes et à votre âge toutes ces histoires-là n'ont aucune espèce d'importance. Si, par la marche des événements, vous êtes conduites à divorcer, eh bien ! vous divorcerez. Le divorce est la seule chose un peu poétique qu'une honnête femme puisse faire aujourd'hui. S'il est nécessaire plus tard que vous divorciez une seconde fois, nous nous y résignerons encore et ainsi de suite jusqu'à ce que vous ayez atteint l'âge où la nature défend à la femme de divorcer. Voilà tout ce que je peux vous dire...
(Toutes se lèvent.)
LOUISETTE ou <•/•<- la porte en disant :
Oui, monsieur Leverquin, madame est ici.
ESTELLE
Mon mari !
MADAME VARINOIS.
Tais-toi ! Laisse ta mère supporter le premier choc.
Elle s'avance fièrement du côté de In porte.)