‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 7 sur 288 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Ce sont des riens, un je ne sais quoi... des nuances...

LUCIENNE

Vous ne pourriez pas me citer un détail un peu plus précis ?

Oh ! je reconnais que je n'ai rien de bien grave à te reprocher. Nous n'avons pas plus de disputes qu'autrefois... Pour un esprit superficiel, comme ta mère par exemple, notre ménage est aussi uni que par le passé. Eh bien ! non, ce n'est pas vrai... nous ne faisons plus un bon ménage. Nous n'en faisons pas encore un mauvais, mais nous n'en faisons plus un bon !

LUCIENNE

Tu es fou, mon pauvre ami. Que veux-tu que je réponde à de pareils enfantillages?

Est-ce que tu t'ennuies ?

LUCIENNE

Mais pas du tout.

Veux-tu faire un voyage? Je suis obligé de partir bientôt pour les affaires de la maison. Je vais visiter une carrière à Saint-Sébastien... Veux-tu venir avec moi, à Saint-Sébastien ?

LUCIENNE

Merci. Le printemps est plus agréable à Paris que n'importe où.

Je te ferai voir une course de taureaux. Veuxtu voir une course de taureaux ?

LUCIENNE

Je n'aime pas les courses et je n'aime pas les taureaux.

Quel plaisir peux-tu avoir à te promener toute la journée avec ta mère ?

LUCIENNE

Tu ne peux presque jamais m'accompagner. Avec qui veux-tu que je me promène?... Trouvemoi quelqu'un... Oh ! tu finis par être agaçant, je t'assure. Ce n'est pas moi qui change, c'est toi. Tu deviens nerveux, tu deviens inquiet. Si ça continue, ton caractère finira par s'aigrir et la vie sera insupportable... Et quand je pense que tu me fais cette scène-là parce que maman t'a prié de te mettre en habit noir pour dîner.

Il est absurde de mettre un habit pour dîner chez sa belle-mère !... Et encore l'habit, ça me serait bien égal... C'est la société qu'on reçoit.

LUCIENNE

Elle est très gaie... Et puis, maman reçoit qui lui plaît : ça ne me regarde pas, ni toi non plus.

(Elle sort.)

BRIDEL, à part, avec des gestes saccadés.

Nous verrons... nous verrons... nous verrons...

(Se tournant vers Varinois qui sommeille.) Beau-père? VARINOIS.

Qu'y a-t-il, mon ami?

N'aviez-vous pas fait jadis le projet de vous retirer à la campagne avec madame Varinois?

VARINOIS.

Ce serait mon rêve, mon ami, ce serait mon rêve... Une propriété au bord de l'eau... la pèche à la ligne... Pourquoi ai-je travaillé pendant

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