SCÈNE IX VALENTIN, MARTHE
VALENTIN
C'est merveilleux!... Ma petite Marthe, laissezmoi vous embrasser!...
MARTHE
Mais non!...
VALENTIN
Nous serons mariés avant un an, c'est moi qui vous le dis... Mademoiselle Marthe Aubry, j'ai l'honneur de vous demander votre main.
MARTHE, lai tendant la main.
Voilà. Mais pourquoi dans un an ?
VALENTIN
Parce qu'il me faut ce temps-là, je ne dis pas pour faire ma fortune, non, ce serait aller trop vite, mais pour avoir une position un peu plus brillante... Oui, sacrebleu ! Je mets en fait qu'aujourd'hui, un garçon de mon âge, bien portant, avec l'éducation que j'ai reçue, avec l'énergie que je sens en moi, doit se tirer d'affaires à Paris, en un an.
MARTHE
Ouest-ce que vous me racontez-là? A Paris?... Vous songez à aller à Paris? Comme ça, tout d'un coup?
VALENTIN
Oh! mais rassurez- vous? Je n'y vais pas à l'aventure, au hasard. Je pars déjà avec une très jolie situation... comme secrétaire de Jounel.
MARTHE
Du monsieur qui sort d'ici avec sa femme?
VALENTIN
De ce monsieur qui est riche, influent, qui sera probablement sénateur, et qui fera notre fortune, tout bonnement notre fortune !
MARTHE
Vous ne me parlez pas sérieusement, n'est-ce pas, Valentin? Ce n'est pas possible?
VALENTIN
Je viens d'envoyer ma démission, à l'instant!
MARTHE
Valentin, Valentin, ne partez pas, je vous en conjure. Car si vous partez, vous ne reviendrez jamais à Savigny, jamais, jamais !
VALENTIN
Voilà des enfantillages!...
MARTHE
Oh! Si vous deviez me quitter ainsi, pourquoi m'avez-vous laissé vous aimer? Pourquoi m'avoir mis dans la tête cette idée de devenir votre femme, qui est toute ma vie maintenant?
VALENTIN
Mais vous serez ma femme dans six mois !
Vous le croyez peut-être aujourd'hui, mais dans six mois vous ne vous rappellerez seulement plus la couleur de mes cheveux !