‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 105 sur 269 · ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE X

PAULETTE

J'arrive de l'école, on m'a dit : « Mademoiselle est à la bibliothèque.., » Tu penses si j'y suis venue, à la bibliothèque !

MARTHE

Mais pourquoi ne m'as-tu pas écrit?

PAULETTE

Je n'étais pas sûre de pouvoir m'arrèter à Savigny... J'allais à Nice... Mais à Dijon, je lui ai dit : « Mon cher, vous ferez ce que vous voudrez, mais moi, je m'arrête toute la journée ici; je prends la petite ligne et je vais à Savigny embrasser ma sœur... »

Mais à qui as-tu dit ça?

PAULETTE

A lui, pardi!... Gustave !... Je ne t'avais pas vue depuis deux ans, je n'en pouvais plus! (Elle lemhrasse encore.) J'ai laissé Gustave à la gare ; tu sais, ne t'inquiète pas, nous nous retrouverons ce soir au rapide; je n'ai pas voulu te compromettre. Et puis si on t'interroge sur mon compte, tu n'as qu'à répondre que je suis institutrice à Paris.

MARTHE

Oui... oui... Sois tranquille...

PAULETTE

D'ailleurs, j'ai failli l'être... hein! tu te rappelles... j'allais être nommée à Paris...

MARTHE, souriant.

Quand Gustave est arrivé...

PAULETTE, gravement.

Ce n'était pas Gustave... C'était Edouard. Il

s'est marié... As-tu remarqué que le premier amant d'une femme se marie toujours?... Enfin! ça, c'est le passé... Il ne faut pas en parler quand nous sommes ensemble... parce que nous deux, vois-tu, c'est la famille... Ce que nous pouvons faire en dehors ne compte pas... Viens que je te regarde de près...

MARTHE

Regarde. Est-ce que j'ai beaucoup changé?

Pas du tout. Tu as toujours ta jolie figure claire. Et puis, vois-tu, ce que j'aime dans ta figure, c'est que tu as toujours l'air de penser à quelque chose. Moi, je n'étais pas bête autrefois, n'est-ce pas? Eh bien! je suis devenue comme les autres, à la longue.

MARTHE

Tu as reçu de l'instruction, pourtant.

PAULETTE

Peuh ! j'ai bien oublié... Je ne pense plus à rien... Je n'ai pas le temps... Dès que j'essaye de penser, il y a quelqu'un qui entre... Enfin! toi, tu es heureuse, c'est l'important, parce que tu le mérites... Tu es heureuse, n'est-ce pas?... Tu me raconteras tout?

MARTHE

Oui... oui... Rentrons, veux-tu? Tu dînes avec moi?

PAULETTE

Oui. Mais dis-moi d'abord que tu es heureuse.

MARTHE

A peu près.

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