ACTE III, SCÈNE I
EMILE
Allez-vous-en, monsieur Anselme.
Non ! non ! et non !
EMILE
Je vous en prie...
ANSELME, criant
Non !
BLUCHE, entrant.
Qu'est-ce que c'est que ce chahut-là?
ANSELME
Mon parrain ! mon bon parrain !
BLUCHE.
Ah ! c'est encore toi ! (Il lire froidement son portefeuille.; Voici un billet de cinquante francs... A ma mort je t'en laisserai autant, mais d'ici là, tu n'auras pas un centime de moi.
ANSELME
Mon bon parrain.
BLUCHE.
Quitter sa place pour courir après une femme. . . quelle honte !
ANSELME
Et si on aime? Si on aime?
BLUCHE.
On ne doit pas aimer avant d'avoir fait des
économies... Il le pousse à la porte et regardant son chapeau tout bosselé.] Et voici encore trois francs pour t'acheter un chapeau. File ! (Sort Anselme.) Et maintenant, passons aux choses sérieuses... (Regardant
sa montre./ J'attends mademoiselle Paulette... Vous la connaissez, mademoiselle Paulette?
EMILE
Oh! oui... C'est nous qui l'avons installée... dans son bel appartement de la rue Murillo... Voilà une femme sérieuse.
BLUCHE.
Sérieuse et légère à la fois... Elle me demande un rendez-vous cet après-midi pour affaire urgente. Vous direz à Jean de ne pas la faire attendre et de l'introduire immédiatement.
EMILE
Oui, patron.
BLUCIIE.
Je vous ai déjà prié de ne pas m'appeler patron, ni de dire : « le patron », quand vous parlez de moi! Dites « monsieur Bluche », n'est-ce pas? Vous croyez-vous encore dans une de ces agences véreuses comme celle où je vous ai ramassé? Vous êtes à l'agence Bluche, qui a vingt-cinq ans d'existence, des correspondants dans toutes les capitales de l'Europe et qui n'a jamais été mêlée à aucun scandale. Monsieur le Préfet de police est venu ici quelquefois, mais la police jamais!
EMILE
On sait qui vous êtes, monsieur Bluche.
Rappelez-vous ceci : plus une profession est déconsidérée comme la nôtre, plus elle doit être exercée honnêtement.
EMILE
Je ne l'oublierai pas, monsieur Bluche.
BLUCHE.
Vous ne verrez ici ni affaires louches, ni chantages. Mes clients sont presque mes amis.