‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 149 sur 269 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

ANSELME

Dans un simple hôtel meublé? Une femme du monde! Jamais je ne serai aimé ainsi!... Ah !

(Il soupire fortement.

VALENTIN

Mais, n'aie donc pas l'air abruti comme ça!...

ANSELME

Je ne suis pas abruti. Mais je ne peux pas m'empêcher en nous voyant là, tous les deux, à Paris, dans cette chambre d'hôtel meublé, d'être un peu mélancolique. Tu ne l'es donc pas, toi, de temps en temps?

VALEXTIN.

Non, parce que je sais que tout cela ne durera pas. C'est provisoire. C'est un mauvais moment à passer, voilà tout ! Sois un homme, sacrebleu ! et non une loque ! Est-ce que tu t'imagines que je vais rester toute ma vie chez un emballeur. Non, n'est-ce pas? Je ferai autre chose, et je te prendrai avec moi... Je te promets de te prendre avec moi... là!... Mais en attendant, ne fais pas cette tête !

N'importe ! Quand je t'ai aperçu l'autre jour au magasin, en bras de chemise, avec une caisse sur le dos et de la sciure de bois plein ton pantalon, tu étais ridicule, c'est vrai, mais je n'ai pas eu envie de rire.

VALENTIN

C'était drôle, au contraire... Ils étaient deux qui pouvaient à peine la soulever de terre, cette caisse; je me suis approché et je l'ai mise tranquillement sur mes épaules. . . ils étaient épatés ! . . . Et le patron lui-même a dit : « Bigre ! » Et il m'a regardé avec admiration. Et pendant ce temps-là,

2iN LE BEAU JEUNE HOMME

je pensais en riant : « Dire que je suis bachelier es lettres ! » Voilà comment il faut être aujourd'hui, à Paris ; sans ça, on est flambé !

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