ACTE I, SCFNE II
ROBERT
Tenez.
(Il lui remet un billet de banque.) JULIETTE.
Merci, monsieur... Comment pourrai-je vous prouver ma reconnaissance ?
ROBERT
Ce n'est pas la peine.
JULIETTE, baissant les yeux.
Les femmes n'ont qu'un moyen de la prouver, leur reconnaissance. Mais ce moyen-là, je sens bien que vous n'en voudriez pas, si je vous le proposais... Oh! je le sens.
ROBERT, riant.
Mais non, petite effrontée, je n'en voudrais pas.
JULIETTE
C'est dommage.
ROBERT
Comment ! Vous n'auriez pas honte de tromper Edouard ?
JULIETTE
Ça dépendrait avec qui... Pas avec vous... Comme on se fait des illusions sur les hommes, pourtant ! En vous voyant si gentil avec moi, si doux... je m'étais figuré que...
ROBERT
Que?
JULIETTE
Dame! que vous aviez une petite arrièrepensée, que je ne vous déplaisais peut-être pas.
PASSAGERES
ROBERT
Mais vous ne me déplaisez pas du tout. Je vous trouve charmante... Seulement, je suis marié.
JULIETTE
Oh! monsieur.
ROBERT
Je sais bien que ce détail n'a pas une grosse importance pour vous.
JULIETTE
Enfin, je tombe sur un homme vertueux, ce n'est pas de chance ! Dire que j'ai failli devenir amoureuse de vous!
ROBERT
Ça n'aurait pas duré longtemps.
JULIETTE
Ça aurait duré ce que ça aurait duré. Et tenez, encore maintenant, je suis émue de vous quitter, c'est vrai.
ROBERT
Est-ce que le mariage n'est pas préférable, voyons? Réfléchissez.
JULIETTE
Le mariage pour une femme, aujourd'hui, c'est bien délicat. Tandis qu'une liaison, une bonne liaison avec un homme marié, ça c'est la sécurité.
ROBERT
Allons, au revoir, mon enfant.
JULIETTE
Au revoir, monsieur. Je ne vous reverrai peutêtre plus ?