‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 165 sur 269 · ACTE I, SCFNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCFNE II

ROBERT

Tenez.

(Il lui remet un billet de banque.) JULIETTE.

Merci, monsieur... Comment pourrai-je vous prouver ma reconnaissance ?

ROBERT

Ce n'est pas la peine.

JULIETTE, baissant les yeux.

Les femmes n'ont qu'un moyen de la prouver, leur reconnaissance. Mais ce moyen-là, je sens bien que vous n'en voudriez pas, si je vous le proposais... Oh! je le sens.

ROBERT, riant.

Mais non, petite effrontée, je n'en voudrais pas.

JULIETTE

C'est dommage.

ROBERT

Comment ! Vous n'auriez pas honte de tromper Edouard ?

JULIETTE

Ça dépendrait avec qui... Pas avec vous... Comme on se fait des illusions sur les hommes, pourtant ! En vous voyant si gentil avec moi, si doux... je m'étais figuré que...

ROBERT

Que?

JULIETTE

Dame! que vous aviez une petite arrièrepensée, que je ne vous déplaisais peut-être pas.

PASSAGERES

ROBERT

Mais vous ne me déplaisez pas du tout. Je vous trouve charmante... Seulement, je suis marié.

JULIETTE

Oh! monsieur.

ROBERT

Je sais bien que ce détail n'a pas une grosse importance pour vous.

JULIETTE

Enfin, je tombe sur un homme vertueux, ce n'est pas de chance ! Dire que j'ai failli devenir amoureuse de vous!

ROBERT

Ça n'aurait pas duré longtemps.

JULIETTE

Ça aurait duré ce que ça aurait duré. Et tenez, encore maintenant, je suis émue de vous quitter, c'est vrai.

ROBERT

Est-ce que le mariage n'est pas préférable, voyons? Réfléchissez.

JULIETTE

Le mariage pour une femme, aujourd'hui, c'est bien délicat. Tandis qu'une liaison, une bonne liaison avec un homme marié, ça c'est la sécurité.

ROBERT

Allons, au revoir, mon enfant.

JULIETTE

Au revoir, monsieur. Je ne vous reverrai peutêtre plus ?

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