ACTE III, SCÈNE VII
LA HERCHE.
Depuis que nous habitons Paris. Ai-je été assez stupide ! Quand Clotilde en a manifesté le désir, j'aurais dû m'y opposer avec une volonté de fer...
Oui, mais as-tu une volonté de fer?
LA HERCHE.
Je l'avais à ce moment-là. J'étais le maître chez moi, je ne le suis plus. Clotilde a profité d'une heure de faiblesse pour s'emparer habilement de la direction du ménage. Et elle le con-
duit dans un précipice... As-tu remarqué qu'elle avait un commencement d'intrigue avec ton ami Philippe Aubier ?
ROBERT
Non, pas du tout.
LA HERCHE.
Je te l'affirme.
ROBERT
Alors, je te crois.
LA HERCHE.
Ah ! ces féroces petites femmes d'aujourd'hui !... Où sont-elles les femmes de la grande époque, les femmes comme la tienne, parbleu ! dont la vie était un long sacrifice... qui n'étaient heureuses que lorsqu'elles nous avaient pardonné nos fautes... tandis que maintenant elles ne nous pardonnent même plus les leurs!... Et puis, encore un détail, ne l'oublions pas. Il y a Hortense, à présent, il y a Hortense! À Tours, ma femme n'avait pas d'amie intime, elle en a une. Elle a la confidente, la redoutable confidente... Songes-tu parfois qu'une femme est capable de faire le mal
rien que pour avoir le plaisir de le raconter à son amie intime ?
ROBERT
Tu es subtil, mais il y a un fond de vérité.
LA IIERCHE.
Sans compter qu'Hortense, par sa frivolité et son goût du gaspillage, a une influence déplorable sur Clotilde... Ah! il ira loin l'héritage de ce parent! 11 a eu une bonne idée, celui-là! Quel imbécile !
ROBERT
Ah ! oui...
LA IIERCHE.
Hortense a un loyer de cinq mille francs. Savais-tu ça?
ROBERT
Non.
LA HERCHE.
C'est Clotilde qui me l'a dit. Elle a une automobile électrique au mois. Et Clotilde en veut une aussi. Et nous allons prendre un appartement de dix mille francs sous prétexte que celai d'Hortense est de cinq mille et que nous sommes deux. Tu vois l'influence, tu la vois! Et je ne peux plus résister. Je suis entraîné, je suis maté...
(Entre Amélie.)