‹ Théâtre complet (volume 3)Chapitre 68 sur 269 · SCENE II LAURE, HÉLÈNE · texte numérisé non relu

SCENE II LAURE, HÉLÈNE

lai 1; i:.

Eh bien ! que s'cst-il passé depuis tantôt ?

HÉLÈNE

Je vais vous raconter ça !

LAURE

Au fait, comme vous ne dîniez pas avec nous, j'ai gardé Lucienne ici... Il n'y a pas de mal?

HÉLÈNE

Au contraire...

Alors?...

HÉLÈNE

Après la scène que vous savez, nous avons dîné, comme vous savez, dans le pavillon, mon beau-père, mon mari et moi, dîner rapide et à peu près silencieux. A la fin, mon beau-père a dit tranquillement, comme s'il ne s'était rien passé : « Je vais linir ma malle, nous partons à huit heures cinquante. » J'ai répondu avec la même tranquillité : « Je n'ai pas le temps de faire la mienne, je prendrai un autre train. » Alors, il est sorti en haussant les épaules, pendant que Lucien, la tête dans ses mains, agitait fébrilement ses pieds sous la table. 11 est comme hypnotisé, c'est le mot. Il s'agit de le secouer jusqu'à ce qu'il se réveille. Sur ces entrefaites, votre frère est entré et je les ai laissés seuls...

LADRE

Nous pouvons compter sur mon frère, il est tout à fait pour nous, maintenant.

HÉLÈNE

Savez-vous ce que j'ai découvert pendant ce dîner, et qui, à défaut d'autres raisons, suffirait à rendre désormais intolérable la vie commune entre mon beau-père et moi? Vengeance combinée avec une bonne action, c'est-à-dire le plaisir suprême...

LAURE

Et quelle est cette découverte?

Ma chère, je suis convaincue que monsieur Briant s'est livré, à propos de moi et de monsieur de Clénord, à des insinuations plus ou moins vagues, plus ou moins directes...

LAURE

Oh! il aurait été capable!... Ce n'est pas possible...

HÉLÈNE

Capable d'une perfidie, non certainement, mais de sournoiseries destinées à irriter son fils contre moi, ce n'est pas douteux. J'ai senti ça à la façon brusque dont, à deux reprises, le nom de Clénord a été jeté, comme par hasard, dans une conversation entrecoupée de grands silences... à d'imperceptibles clins d'œil, à des pincements de lèvres!... Ce serait comique si, pour la première fois, le soupçon était entré dans l'âme timide et mal préparée de Lucien... Et tout de même, expliquez cela... En le regardant, malgré ma parfaite innocence, j'éprouvais un léger sentiment de gène, et je me disais qu'il n'y a que les femmes

Page 1