ACTE III, SCÈNE IX
LUCIEN
Non, Hélène, je ne t'ai pas soupçonnée... je me suis contente île souffrir... Car je t'aime profondément.
HÉLÈNE
Et moi, si je ne t'aimais pas, me serais-jc attachée à cette enfant qui est la tienne? (Sur un geste de Lucien.) Oui... oui. . . je comprends... nous venons, pendant une minute, de ne plus penser à ton père... Eh bien ! Lucien, dis-lui ceci, dis-lui bien ceci de ma part... S'il veut accepter la situation, je redeviendrai pour lui la fille la plus docile que je pourrai... je...
LUCIEN, l'interrompant.
Mon père, accepter la situation!... Ah! on voit bien que tu ne le connais pas !. .
HÉLÈNE
Tu vas trop loin ! . . .
LUCIEN
Si tu l'avais entendu tout à l'heure devant Chartier... Il a été extraordinaire... Tu sais qu'il parle souvent avec une espèce d'ironie... Comment dirai-je... d'ironie...
Agaçante...
HELENE
Non . . . non . . . pas agaçante . . . Non . . . supérieure . . . supérieure, mais blessante quelquefois... Enfin, il s'amusait à me faire d'ironiques pronostics sur l'avenir, il me voyait déjà n'osant pas rentrer à Besançon... vendant mon usine à Serquy... oui... oui... sans compter... qu'il ne faudrait pas me pousser beaucoup pour la vendre à Serquy, mon usine. Il m'en offre un prix que je ne retrouverai jamais...
HÉLÈNE
Ça!...
LUCIEN"
Et puis, ma chérie, sais-tu que depuis vingt ans je n'ai pas pris un jour de repos et que je travaille quinze heures par jour ?...
HÉLÈNE
Je ne te le fais pas dire...
LUCIEN
Sais-tu que je suis las... très las...
// s'assied.)
HÉLÈNE, penchée sur son épaule.
Lucien, mon ami, c'est la première bonne idée que te donne ton père, profites-en... Nous voyagerons tous les trois... Nous vivrons précieusement les quelques années de santé et de force qui nous restent, et alors, nous arriverons avec moins d'angoisse à l'âge de la résignation.
Oui... oui., voilà ce qu'il faut faire, ma chérie...
// lui embrasse les mains. Entre monsieur Brianl. une valise à la main, en costume de voyage.)