ACTE II, SCÈNE VII
MADAME HÉLION
Dame ! elle a pris un amant! Il vous semble donc naturel qu'une jeune fille prenne un amant?
DESCLOS
Ça dépend des jeunes filles et des circonstances dans lesquelles elles se trouvent.
MADAME GRANGER, indignée.
Oh!
M \D\ME HÉLION
Vous avez un fils, monsieur Desclos... Moi, j'ai deux filles... Vous me permettrez de raisonner autrement. Eh ! vous êtes un philosophe, vous, vous méprisez nos petits préjugés de province et vous vous tenez au courant des derniers progrès de nos mœurs. Mais nous, simples provinciales, nous en sommes restées aux anciennes définitions de l'honneur et de la vertu, et nous faisons encore une certaine différence entre une femme qui a un mari et une femme qui a un amant.
DESCLOS
Oui, il vaut mieux avoir les deux, comme madame...
MADAME GRANGER
Te tairas-tu, à la fin !
PAGELET, à madame Uélion.
Je vous assure, madame, que Rose a eu toutes les excuses.
MADAME HÉLION
Et moi, je crains que vous ne vous fassiez beaucoup d'illusions sur cette petite femme.
PAGELET.
En quoi ?
MADAME HÉLION
Je ne vous donne que ma première impres-
sion, mais elle a été des plus mauvaises. Une ouvrière, cette fille-là ? Allons donc!
PAGELET.
Elle est d'une bonne famille.
MADAME HÉLION
Elle n'en est que plus blâmable. Et puis, qu'est-ce que c'est que cette toilette claire, et même élégante, dans sa position ?
DESCLOS
Elle n'en a peut-être pas d'autre.
PAGELET.
Je m'en rapporte à Rose pour vous faire changer d'opinion. C'est une très brave fille, très simple, très franche.
MADAME HÉLIOX.
Oh ! je veux bien la plaindre, je veux bien l'aider de tout mon pouvoir, si elle sait se conduire et se tenir à son rang ; mais pour l'admirer, j'attendrai de la connaître davantage.
MADAME GRANGER
Vous avez raison, madame. Certes, j'ai de la sympathie pour Rose, mais il y a des limites à tout. (A Desclos.) Je te préviens qu'elle ne dînera pas avec nous, mercredi.
descl< »s.
Elle dînera.
Non.
DESCLOS
Si!
MADAME GRANGER
Cet être-là me fera mourir.
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