SCENE V HÉLION, MADAME HÉLION
HÉLII >N, négligemment.
Et quelle est cette idée, ma chère, sans indiscrétion?
MADAME HÉLION, souriant.
C'est mon affaire, mon ami... Je vois que vous vous intéressez toujours à cette jeune personne.
HÉLION
Oh! mon Dieu, je m'y intéresse dans la mesure où... Permettez-moi de vous dire que vous insistez beaucoup, depuis quelque temps, sur ce genre de taquineries.
MADAME IIKLK >N.
Où prenez-vous de la taquinerie? Vous vous intéressez évidemment à elle, comme tous nos amis, comme monsieur Desclos, comme le docteur, comme Pagelet.
HÉLION
Je crois, en effet, que c'est une très brave fille.
MADAME HÉLION
Je ne dis pas non, remarquez. Mais j'ai comme un pressentiment que si elle n'était pas si jolie, ces messieurs, ni vous, ne défendriez sa vertu avec tant de chaleur.
HÉLION
On ne la soupçonnerait peut-être pas.
MADAME HÉLION
On la soupçonnerait tout autant, seulement vous prendriez cela en badinant. Les hommes trouvent tout naturel qu'une femme laide soit malheureuse... Quand elle est jolie, au contraire, ils sont indignés, ils deviennent subitement sensibles et pitoyables... Car, pour vous, messieurs, les femmes devraient être rangées dans la société par ordre de beauté...
HÉLION
Il y aurait beaucoup à vous répondre.