ACTE I, SCÈNE VI
PLANTIN
Comment, malheureux, c'est vrai?
ADOLPHE
Oui.
PLANTIN
Tu as été assez nigaud?...
\|H 'I.IMII
Qu'est-ce que je pouvais faire ?
PLANTIN
Mais refuser, et carrément. Si tu avais refusé la première fois, elle se serait débrouillée toute seule et elle n'aurait pas recommencé.
AI m >LPHE.
C'était bien difficile. Elle pleurait à chaudes larmes.
PLANTIN
Chez toi?
Oh ! non, je l'ai suppliée de ne jamais venir ici. Elle m'avait donné rendez-vous au Bon Marché.
PLANTIN
Et c'est au Bon Marché qu'elle pleurait à chaudes larmes ?
ADOLPHE
J'ai même été obligé de lui acheter des mouchoirs.
PLANTIN
N'importe! Ça pourrait te mener loin, ces histoires-là.
ADOLPHE
Je le sais bien. Aussi, c'est fini. J'ai dit à Léontine que c'était la dernière fois ; que mes moyens ne me permettaient plus... Elle a com-
pris et depuis trois mois, je n'ai pas entendu parler d'elle.
PLANT IX
D'ailleurs, elle doit être hors d'affaire : je l'ai rencontrée il y a quelque temps dans une Victoria très élégante.
ADOLPHE
Tant mieux.
Elle m'a fait un petit signe amical de la tète. Je crois qu'elle est avec Brunoy, le grand marchand de comestibles.
ADOLPHE
Pourvu que ça dure !
PLANTIN
Espérons-le, car ce n'est pas une mauvaise fille au fond.
ADOLPHE
Pas du tout. Elle me trompait sans aucune noirceur, naïvement, comme un enfant qui va manger des confitures en cachette. Lorsque j'ai trouvé des lettres d'elle, qui ne laissaient aucun doute, elle m'a tout avoué tout de suite en me demandant pardon. Je lui ai pardonné. Quelque temps après, elle recommençait avec la même insouciance. Ah ! alors !... je me suis aperçu de l'erreur que j'avais commise en l'épousant. C'est une de ces femmes qu'on ne devrait jamais épouser soi-même. On devrait les laisser épouser par ses amis.
PLANTIN
Comment a-t-elle pris le divorce ?
ADOLPHE
Très gaiement, comme elle avait pris le mariage, et sans y attacher plus d'importance. Puis