ACTE II. SCÈNE V
LÉONTINE
Il n'y a pas de danger. Je veux te voir aujourd'hui.
ANATOLE
Mais c'est impossible !
LÉONTINE
Si, Edouard restera toute l'après-midi à la Percherie. Dès qu'il sera parti, je reviendrai.
ANATOLE
C'est d'une imprudence folle.
LÉONTINE
Mais non. puisque je l'ai déjà fait plusieurs fois.
ANATOLE
Il suffit d'une...
Tais-toi, je le veux. Quand tu seras seul, tu feras notre signal habituel, tu ouvriras la fenêtre.
ANATOLE
Mais...
LEONTINE, avec autorité-
Tu ouvriras la fenêtre, je guetterai...
ANATOLE
Je vous affirme, Léontine, que cette existencelà ne peut pas durer. Je suis un homme d'études, moi, un homme sérieux, je ne suis pas un viveur.
LÉONTINE
Je t'aime parce que tu es un homme sérieux.
ANATOLE
J'ai mes travaux... mes ambitions.
LÉONTINE
Je t'aime pour ça aussi.
ANATOLE
Et puis, croyez-vous que je n'aie pas de scrupules à tromper le baron qui a été parfait pour moi?...
LÉONTINE
Je t'aime pour tes scrupules. Je t'ai aimé le premier soir que nous avons dîné ensemble, tous les trois, aux Ambassadeurs, tu te rappelles ? Au lieu de me dire des bêtises, tu m'as parlé de clioses sérieuses, d'agriculture, des engrais chimiques. Ça m'a intéressé tout de suite. Je rougissais d'être aussi ignorante que je le suis. Il me venait des idées graves, j'aurais voulu t'embrasser. Toi, tu ne t'apercevais pas du tout que tu me plaisais, et je ne me suis fait épouser par Edouard que pour me rapprocher de toi.
ANATOLE
Votre mari est un homme charmant qui vous aime beaucoup.
LÉONTINE
Moi aussi, j'ai beaucoup d'affection pour lui et je lui rends la vie très agréable.
ANATOLE
Ça, c'est vrai. Il me le disait encore tout à l'heure.
LÉONTINE
Tu vois !
ANATOLE
Néanmoins, je vous assure, Léontine, qu'il vaudrait mieux ne plus nous aimer.
LÉONTINE
Quand je ne t'aimerai plus, tu n'auras pas besoin de me dire ça. — Tu ouvriras la fenêtre, n'est-ce pas ?