ACTE II, SCÈNE X
entrée, à l'oreille de votre ami : « A toutàl'heure, mon amour. »
LE BARON
Elle a dit: « A tout à l'heure? »
LA MARQUISE
Mon amour !
LE BARON
Eh! parbleu, elle va revenir chez lui, quand elle me croira parti. Mais je les pincerai, et je rouerai de coups le professeur ! Quant à elle...
Qu'en ferez-vous?
LE BARON
Je divorcerai. Que voulez-vous que je fasse?... Et encore, c'est bon à dire, je divorcerai. Il me faudrait des preuves, des preuves légales, s'entend.
LA MARQUISE
Je me suis laissé conter que le commissaire de police, sur la demande du mari...
LE BARON
C'est beaucoup plus compliqué que vous ne croyez. Quand retrouverai-je l'occasion de les pincer?
LA MARQUISE
Pourquoi pas aujourd'hui?
LE BARON
Mais, ma tante, il ne suffit pas d'aller dire à un commissaire de police : « Ma femme me trompe, venez constater le flagrant délit... » pour qu'il se dérange.
LA MARQUISE
Que faut-il de plus ?
LE BARON
Il faut un ordre du parquet, une enquête.
Vous badinez?
LE BARON
Pas du tout.
LA MARQUISE
Ces formalités sont peut-être nécessaires pour le commun des mortels. Mais avec vos relations et les miennes, il serait plaisant...
LE BARON
Au fait, le substitut est de nos amis.
LA MARQUISE
C'est même un de nos cousins au quatrième degré.
LE BARON
Il suffirait peut-être qu'il envoyât immédiatement un ordre au commissaire de police.
LA MARQUISE
Il sera enchanté, croyez-le bien. — C'est toujours Petitbon, le commissaire de police?
LE BARON
Toujours.
LA MARQUISE
Il se fera, lui aussi, un véritable plaisir...
LE BARON
Enfin ! On peut toujours essayer... il s'essuie le front.) Elle a bien dit : « Mon amour ? »
« A tout à l'heure, mon amour ! »
LE BARON
Allons! Allons! il n'y a plus à hésiter. (Use