‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 35 sur 261 · SCÈNE V MADAME BRIGNOL, VALPIERRE · texte numérisé non relu

SCÈNE V MADAME BRIGNOL, VALPIERRE

MADAME BRIGNOL.

Pourquoi cette décision brusque? Tu devais rester un mois à Paris? Que s'est-il passé, et qui te force à rentrer sitôt?

VALPIERRE

Rien ne m'y force, en effet.

MADAME BRIGNOL.

Alors ?

Veux-tu que je le dise la vérité? Je m'en vais, parce que je neveux pas être mêlé plus longtemps aux histoires de ton mari, qui finiront mal un jour ou l'autre, c'est moi qui t'en préviens. Madame Brignoi fait un geste.) On ne saura jamais à quoi s'en tenir avec Brignol. C'est un homme... vague et qui commet des actions... vagues. Entin, toi qui es sa femme, as-tu jamais compris un mot à ce qu'il faisait ?

MADAME BRIGNOL.

Il n'est pas méchant, voilà qui est certain. Est-ce vraiment de sa faute si nous sommes dans une pareille gêne ?

VALPIERRE

Uniquement de sa faute. 11 n'y avait aucune raison pour que vous ne fussiez pas dans une position très honorable, et Brignol est le seul de la famille qui ait mal tourné.

MADAME BRIGXOL.

Parfois, je crois qu'il n'a pas eu de chance,

Vi; I E II, SCÈNE V (il

car on ne peut pas dire qu'il ait de grands défauts.

VALPIERRE

Il vaudrait beaucoup mieux qu'il eût des défauts et même des vices. Les vices sont des choses classées, connues ; on les combat... il y a toujours de la ressource avec les gens qui ont de bons vices. Ton mari, lui, est fuyant ; il n'a aucun caractère, ni bon, ni mauvais, et je ne te dissimule pas qu'il est capable de commettre les actes les plus dangereux, peut-être même sans mauvaise intention. Ainsi, un détail : il y a un homme, d'après ce que je soupçonne, d'après ce dont je suis sûr, avec lequel vous devriez être nécessairement en froid: c'est le neveu du commandant Brunet. Je sais ce que je dis... Eh ! bien, il arrive précisément que vous êtes au mieux avec ce jeune homme et qu'il ne quitte plus votre maison... Pourquoi? D'où cela vient-il?... Je l'ignore, et voilà ce que je trouve horripilant chez Brignol. Sans compter que la présence continuelle de monsieur Vernot chez vous est de nature à compromettre Cécile très gravement, et que si cela se passait à Poitiers...

MADAME BRIGNOL.

Oh! de ce côté, je suis rassurée. Nous voyons peu de monde, et d'ailleurs, à Paris, on prête moins d'attention...

VALPIERRE

Ma chère amie, à Paris, comme en province, quand un jeune homme fréquente trop une jeune fille, c'est toujours la même chose qui se produit.

MADAME BRIGXOL.

Il m'a dit que c'était un bon client pour lui. Cependant tu as raison, mais je n'ose pas enta-

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mer cette discussion avec Bri^nol ; parle-lui-en, toi.

VALPIERRE

Je suis tellement sûr que cela ne servira à rien du tout !

Rends-moi ce service. Moi, je n'ai jamais pu lui faire avouer quoi que ce fût. Je ne sais rien, je n'ai jamais rien su, et nous vivons de cette façonlà depuis que nous sommes mariés.

VALPIERRE-

Je veux bien, mais pour la dernière fois, essayer de tirer tout cela au clair. Après, il fera ce qu'il voudra...

Entre Brignol.

MADAME BRIGNOL.

Je t'en prie.

Elle sort.

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