‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 90 sur 261 · SCENE VII PAGELET, LUCIE · texte numérisé non relu

SCENE VII PAGELET, LUCIE

LUCIE, eu costume de paysanne riche (jiii va n la ville.

Votre servante, maître Pagelet.

PAGELET. lui serrant la main.

La santé est bonne ?

LUCIE

Elle n'est point mauvaise.

PAGELET. lui tendant mu- chaise.

Asseyez-vous, madame Butaud.

LUCIE, assise.

Je suis venue vous consulter pour la vente d'un pré.

PAGELET.

Tout à votre service... Eh ! j'oublie de vous demander des nouvelles de votre mari et de votre mère.

LUCIE

La mère va mieux. C'est le grand pré qui est contre le pont. On voudrait, avec l'acheteur, ne pas faire l'acte pour éviter les frais et se contenter d'un simple sous-seing-... Un en a commencé un...

(Elle lire un papier de sa poche.) PAGELET.

Voyons... Pourquoi ne lavez-vous pas montré au notaire de Maurichard?

LUCIE

Je n'ai pas confiance en lui. Je n'ai confiance qu'en vous, maître Pagelet. Le pré est indivis entre mon frère et moi. Alors, j'ai écrit à Jean. A ce moment-là, justement, la mère était un peu malade. Il a profité de l'occasion et on s'est embrassé. On ne peut pas toujours rester brouillé avec son frère, n'est-ce pas?

PAGELET, s' approchant.

Il y a une autre personne avec laquelle vous ne pouvez pas non plus rester brouillée éternellement.

LUCIE

Vous voulez parler de cette femme?

PAGELET.

C'est une très honnête femme, madame Butaud. Pourquoi votre mère ne donne-t-elle pas son consentement, voyons?... Remarquez, qu'aujourd'hui, votre frère peut s'en passer.

LUCIE

On dit chez nous qu'un mariage contracté contre la volonté de sa mère finit toujours mal, Jean le sait.

PAGELET.

Jamais Perrin ne trouvera une femme plus dévouée et plus intelligente.

LUCIE

Oh ! elle ne saurait point seulement cultiver la terre !

PAGELET.

C'est inutile, puisqu'aujourd'hui, votre frère est dans le commerce.

LUCIE

Il n'y restera peut-être pas toujours ! Jean est fils de paysan, petit-fils et arrière-petit-iils. Il n'est point fait pour rester commis dans les écritures, comme un parisien. Il est fait pour cultiver la terre, ainsi que nous, et pour avoir une femme qui la cultive avec lui.

PAGELET.

Je connais les idées de Perrin.

Moi aussi.

Il aime Rose.

LUCIE

PAGKLET.

LUCIE

Il ne l'aime point de cœur. Jamais il ne l'a aimée de cœur. Il a été ébloui parce qu'elle parlait bien, qu'elle avait la taille plus fine que nous et des mains blanches ; mais ce n'est point de l'amour.

PAGELET.

Vous vous trompez.

LUCIE

Et puis, les hommes pensent une chose un jour, et le lendemain, ils pensent une autre chose.

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