‹ Théâtre completChapitre 110 sur 226 · CH ENTRAINE · texte numérisé non relu

CH ENTRAINE

Mais oui... D'abord, je voulais vous parler de moi...

MAURICE, ."■•'• intérêt.

I)c vous?... Je vous écoute, aile/...

CHANTRAINE.

Je vais vous paraître ridicule.

MAURICE

Mais non.

CHANTRAINE.

Mais j'ai pour vous une telle all'ection que ça

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m'est égal... Et puis, j'ai besoin de me confier à vous... de vous raconter... Enfin ! vous allez comprendre. Voici : ma femme me trompe.

MAURICE

Qu'est-ce que vous me racontez là?

GHANTHAINE.

N'insistez pas, mon ami, j'en suis sûr. Elle me trompe avec le petit Saint-Brillat... Tenez, ce jeune homme qui est là-bas...

MAURICE

Je le connais... mais cela ne prouve pas que...

CHANTRAINE.

Quand vous avez rencontré ma femme, cet après-midi, elle allait chez lui.

MAURICE

Oh!

CHANTRAINE.

Ou bien elle sortait de chez lui... Où l'avezvous rencontrée ?

MAURICE, hésitant.

Ma foi... je... je serais bien embarrassé.

CHANTRAINE.

Vous pouvez bien me le dire, puisque ma femme elle-même, tout à l'heure...

MAURICE

Oh! d'ailleurs, c'est bien simple... Madame Chantraine était dans un fiacre, avenue des Champs- Elysées... Vous voyez que...

CHANTRAINE.

Elle montait l'avenue ou elle la descendait?

M \l H1CE.

Elle la descendait, je crois.

ai il. il, m:i m; \ ii 23 I

CHANTRAINE.

Alors, elle sortait de chez lui.

\1 M RI( E, affectant <l<- rire.

Si vous n'avez pas d'autres preuves que celle-là !

C1IAN rRAINE.

J'en ai d'autres. Donc, je sais.

MAURICE

Mon Im.ii Chantraine... je suis abasourdi...

CH \Ml; \l\!.

Quand j'ai appris cette histoire, je l'ai été encore plus que vous. Puis, tout d'un coup, j'ai souffert, horriblement souffert, je vous en donne nia parole. Que voulez-vous? c'était écrit... 11 y a peut-être dans toute femme que nous aimons un adversaire caché. Il faut le vaincre ou être vaincu par lui. Tantôt, c'est la femme qui triomphe et tantôt c'est l'homme, mais il y a toujours une victime.

MAURICE

M un pauvre ami... Et qu'est-ce que vous allez faire ?

CHANTRAINE.

Mais je ne peux rien faire î c'est ce qu'il y a de sinistre dans mon cas. Je ne peux pas tirer encore des coups de revolver, n'est-ce pas ?... J'aurais l'air d'un fou. On m'enfermerait : on aurait raison... Divorcer?... Mais rien que l'idée de faire parler encore de moi, me remplit de honte !... «Comment, Chantraine divorce?... » « Le Chantraine de?... » «Oui, oui... ce Chantraine-là... »

Il s'était donc remarié?... » a 11 n'y en a que pour lui. alors!... >• Et les ricanements !... Ali! mon ami, mon .uni, c'est maintenant que je me rappelle ce que vous m'avez dit... L'homme à qui

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il est arrivé ce qui m'est arrivé, à moi, et qui aime de nouveau, est un insensé ! Il se jette les yeux fermés dans le gouffre ! Tenez, ce n'est plus de la colère que je ressens, c'est une sorte d'anéantissement, d'impossibilité d'agir!... Non... non, il n'y a rien à faire. On a droit dans sa vie à un scandale, pas à deux.

(Revient vivement madame Chantraine.) MADAME CHANTRAINE.

Dis-moi, mon ami?...

CHANTRAINE.

Quoi... Hein?... Ah! oui, c'est toi?

MADAME CHANTRAINE, riant.

Oui, c'est moi. . . Qu'est-ce que tu as ?. . .

CHANTRAINE.

Rien... rien...

MADAME CHANTRAINE.

Madame Bréautin vient d'organiser une petite sauterie dans le salon du fond. Tu permets que je danse une valse ou deux ?

CHANTRAINE,

Avec plaisir... avec plaisir...

MADAME CHANTRAINE, s' approchant de lui et lui prenant le bras.

Merci... tu es bien gentil...

(Elle s'éloigne.)

CHANTRAINE, à Maurice.

Vous voyez... il n'y a rien à faire... Mais ne parlons plus de moi... Moi, je suis un homme flambé... Quand ma femme aura assez de Saint- Brillat, elle en prendra un autre... et puis un troisième et ainsi de suite. Elle en trouvera ici tant qu'elle voudra : ce n'est pas ça qui manque. Tant pis pour moi, il fallait le prévoir... Main-

tenant, mon ami, écoutez-moi... et ne prenez pas de mauvaise pari ce que j<i vais voua dire...

MAI IîIcK. intrigué.

Qu'y a-t-il donc?

CHANTRAINE, héêitant.

C'est délicat, je le sais bien. Mais je considère l'amitié non seulement comme un plaisir, mais comme une charge, qui a ses devoirs et ses res-

ponsabilités.

mai aiCE Voyons, parlez.

CH W rRAINE.

Eh bien ! mon ami... A la première occasion que vous trouverez, brouillez-vous avec madame Bréautin et même avec toutes les personnes qui sont ici, sauf moi, bien entendu...

Ah! ah !

cl! WTKAINi:. avec force.

Il n'y a pas une réputation de femme, vous entendez, pas une, capable de résister à cette vielà. à ce mil i<1 ii, à ces conversations... Votre femme qui est la plus irréprochable que je connaisse, et qui restera toujours irréprochable, sera, sans même s'en apercevoir, compromise comme les au 1res.

M MJRICJ

Allez ! allez î je ne vous arrête pas î...

CHANTRAINE.

Tout à l'heure, elle échangeait quelques mots av. m- M. Langlade, ici, à cette place, comme on lait dans un salon avec n'importe qui; deux de ers dames la regardaient du coin de l'œil et se •>n]\[ exprimées sur son compte en termes d'une telle légèreté, que je les aurais giflées ! Elles

l. ADVERSAIRE

trouvaient <;a tout naturel! Elles traitaient madame Darlay comme une de leurs pareilles... Voilà à quoi vous êtes exposés, mon ami, votre femme et vous. Je vous parle sans ménagement, mais du fond du cœur, avec l'amitié profonde que vous m'inspirez et aussi avec toute la lucidité que me donnent sur ces questions mes aventures personnelles.

Sacrebleu ! Je vous en remercie, au contraire ! . . . Mais je le sais, tout ce que vous me dites ! Voilà dix fois que je me jure de ne plus mettre les pieds dans cette maison ! Et puis, je finis toujours par me laisser entraîner... Par exemple, cette fois-ci, en voilà assez !

Entrent Limeray et Marianne, pendant que s'éloigne

Cl\;intr;xine.)

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