SCENE VI M IURICE, CHANTRAINE
in W I RAINE
Vous avez une admirable demeure, calme et souriante... Vous y ôtes heureux, ce m'est une
grande joie. Votre bonheur, mon elier, est la meilleure consolation <le ma vie. .J'y pense chaque fois qu'il m'arrive un déboire — souvent — <'t cela me soulage un peu.
MAURICE
Vou- êtes un héros par le cœur, mon bon Chantraine, et, en outre, un vrai philosophe de la vir. .le vais en profiter pour vous poser une question.
CHANTRAINE.
Philosophique ?
MAI RICE
Purement philosophique.
Ah ! ah !... parlez...
MAURICE
Eh bien ! dit.'— moi... ?
// t'arrête en soui iant.
CHANTRAINE.
• JiiuL moH ami ?
MAURK l
Dites-moi .'... Croyez-vous qu'il se formera un
L ADVERSAIRE
jour, plus tard, beaucoup plus tard, une race d'hommes extrêmement civilisés et raffinés, pour qui la trahison de la femme ne sera qu'un petit accident sans intérêt, dont ils ne souffriront pas, qui comptera à peine dans leur vie et n'exercera aucune influence sur les relations sociales?...
CHANTRAINE.
Je crois en tout cas, et très fermement, que Ton y attachera de moins en moins d'importance. Je suis peut-être un des derniers qui aient pris cela au tragique. Encore, n'ai-je pu le faire qu'une fois. Aujourd'hui, j'en suis presque à l'indifférence. Si par un concours de circonstances que je ne prévois pas, j'étais trompé par une troisième femme, qui sait si je n'y trouverais pas du plaisir ? Il est possible que l'humanité suive la même marche.
MAURICE, — un temps.
Oh î que je voudrais en être à cette période-là!
Vous ?
MAURICE
Oui... moi!
CHANTRAINE.
Allons donc ! Vous n'avez, Dieu merci, rien à craindre de la femme... Quand un homme comme moi est trompé, c'est tant pis pour lui. Si c'est un homme comme vous, c'est tant pis pour elle!
MAURICE
Ça n'empêche pas.
CHANTRAINE.
Tenez, tenez... mon ami, je serais désolé, désespéré, si la conversation que nous avons eue, il y a quelque temps chez madame Bréautin, vous avait troublé Le moins du monde, inspiré le moindre doute sur... oh!
Eh ! ce o/est pas ce que voue m'avez «lit l l'esl le resta ' ( est la suite! ( «'est tout I
CM INTRAIN]
Qommenl '. Voua en êtes là •'•••
H.'- oui '. mon ami, j'en Buis là ! M<»i «jui ai toujours eu horreur du soupçon, qui n'ai jamais pu le conserver en moi, qui n'ai jamais même soupçonné une maîtresse —je m en rapportais à la destinée avec insouciance — cette fois, j'ai le soupçon, là, et bien enfoncé! J'ai commencé par en rire, suivanl une méthode qui m'avail réussi jusqu a présent. Et maintenant, je n'attends peutêtre qu'une occasion pour en pleurer... Btiez-vons soupçonneux, vous ?...
CHANTRAINE
Je n'ai jamais eu le temps. .!<■ me suis toujours aperçu très vite...
MAURICE
Est-CÉ <lc la jalousie ordinaire de mari que j'éprouve? la jalousie qui fait suivre une femme, écouter aui portes, épier des correspondances! J'en buis Incapable. Non, ce u'est pas cela, c'est une espèce de curiosité douloureuse... oui, très douloureuse... ou il y a de la colère, de la honte • •t de la peur! Et j'en sui> arrivé à me dire : il est impossible que Marianne m'ait trompé avec aucun de ceui qui lui ont fait la cour autrefois, mais il n'est pas impossible quelle me trompe a\ ec Langlade !
CHANTRAINE
Av. •<• Langlade! Mais c'est absurde! c'est absurde.
L ADYEl'.SAIHi:
MAURICE
Il est bien, ce garçon-là... Il est séduisant... distingué... Comme amant, il n'y a pas mieux!... Oh ! évidemment, rien ne le prouve, rien, rien !... Ils se regardent, ils se parlent le plus naturellement du monde... Je les observais tout à l'heure... Mais ça, n'est-ce pas? nous savons ce que ça vaut!... Hein, Ghantraine ! vous voyez dans quel état je suis? C'est charmant !
GHANTRAINE.
Que le diable!...
Quand aurait-elle fait ça?... Quand?... Oh! si elle l'a fait, c'est après cette soirée... A ce momentlà, oui, elle était exactement dans cet état de révolte, d'égarement, d'aberration où les femmes font un coup de tête !...
CHANTKALMv
Les femmes comme la mienne... Il ne faut pas comparer...
MAURICE
Eh ! mon cher, il y a une minute où toutes les femmes se ressemblent : c'est quand elles tombent... Mais sacrebleu ! je saurai... et aujourd'hui!... Ma parole, je me deviens odieux à moimême! il est temps que ça finisse. Ils sont ici tous les deux : je leur arracherai bien la vérité à l'un ou à l'autre !
CHANTRAINE.
Et s'il n'y a rien, comme c'est certain?
MAURICE
Eh bien! je saurai qu'il n'\ ;i rien! Mon cher, je crois aux maris aveugles, je crois aux maris complaisants, je crois aux maris à qui c'est égal, je crois à ceux qui en meurent, je crois à ceux qui
A. Il III. Si I M - \ Il II VIII
«mi vivent, j.- croia .' tous les maris, mais je ne croîs pas an mari qui veul Bavoir el qui ne sait
Entre par le fond, à gauche, Langlade.