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SCÈNE VI Les Mêmes, THÉRÈSE

Mon oncle... Chère madame.

Elle embrasse La Baudière.

LA BAUDIÈRE.

Vous arrive/ de Sauveterre, ma chère Théi

THÉRÈSE

.le suis v<*nue en voiture par le bord de la

Loire... Est-elle assez belle notre Loire, dans cette

saison?

MAI. ami: de la baudière.

.\f perdons pas un temps précieux ;xi des descriptions de la Loire.

LA BAUDIÈRE.

El le p#tit va bien?..<

2H LA CHATELAINE

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Oui, au fait?...

THÉRÈSE

Il est devenu très fort, vous verrez.

LA BAUDIÈRE.

Il ne doit pas avoir loin de sept ans, ce gamin-là?

THÉRÈSE.'

Il a sept ans, juste...

Vous l'embrasserez pour moi.

THÉRÈSE

Merci, madame!

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Eh bien! voyons!... Où en sommes-nous?... Ce que vous dites dans vos lettres, est-ce sérieux?...

THÉRÈSE

Gomment!... Sérieux!...

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Vous divorcez?... C'est irrévocable?...

THÉRÈSE

Oh! madame... irrévocable. Il n'y aura pas plus de difficultés d'un coté que de l'autre. Nous sommes parfaitement d'accord. Mon mari est resté à Paris pour consulter notre avoué et tâcher d'aboutir rapidement.

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Et peut-on savoir les raisons principales de cette résolution, quoique je ne vous demande pas de détails?...

THÉRÈSE

Je vais vous en donner un, entre autres, entre

.\< i i: i , SCÈNE \ i 29

vingt autres. Gaston me parlait assez raremenl ts affaires. Depuis qu'il avait renonce au barreau, où il ne réussissail pas, il s'était mêlé à plusieurs entreprises de Bourse, d'industrie, que sais-je? Nous menions la vie de Paris, il nous restait une assez grosse fortune; j'avais bien de vagues inquiétudes, mais j'attendais. Mon fils se [..•riait bien, grandissait. Ça me rassurait tout de même. Un l'eau soir, j'ai tout découvert d'un coup : Gaston entretenait une femme et toute uotre Fortune avait passé moitié chez elle, moitié dans des spéculations <le toutes sortes. J'ai découvert tout cela à la fois, brusquement, par un de ces hasards tous qui vous sautent à la gorge comme un malfaiteur, la nuit. La femme était même une de mes amies ou à peu près. jV la voyais presque tous les jours; elle était veuve, je la croyais riche. Eh bien ! son mari ne lui avait pas laissé un centime et elle vivait entretenue, tantôt par les uns, tantôt par les autres. J'étais dans cette position-là, depuis quatre ans. Je vivais au milieu de cette malpropreté sans me douter de rien...

L V BAUDIÈRE.

C'est abominable.

THÉRÈSE

Je vous épargne le reste. Quoique je n'eusse pas en mains la preuve matérielle suffisante pour divorcer, s'il avait voulu s'y opposer, j'ai «lit à mon mari que je ne resterais pas avec lui une heure de plus. D'ailleurs, il a consenti au divorce tout de suite. Il ne m'avait jamais aimée; moi, j'avais cru l'aimer dans les premières années de notre union, je m'étais vite aperçue qu'il y avait entre nous des obstacles de caractère infranchissables. Nous avions fait un de ces mariages pré-

30 LA CHATELAINE

parés par les familles, où, quand tout est bien réglé à votre insu, on vous dit à l'un: «Voilà votre femme », et à l'autre : « Voilà votre mari », avec autant de simplicité qu'on vous dit dans un salon : « Donnez- vous la peine de vous asseoir. » Et on s'assied. Et ça dure ce que ça peut. Ah ! je vous jure, mon oncle, que s'il y a jamais eu un divorce juste et nécessaire, c'est le mien.

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Je vois, en effet, que les torts de votre mari ont été graves, très graves. Cela ne m'étonne pas, d ailleurs. 11 y a dans la famille de monsieur de La Baudière, car Gaston est son neveu, et non le mien, il y a, dis-je, toutes les trois ou quatre générations, un monsieur qui sème des désastres autour de lui.

LA BAUDIÈHE.

Tu exagères !...

MADAME DK LA DAL'DIÈRE.

11 aurait fallu, pour mater ce gaillard-là, une autre femme que vous êtes, une femme comme il y en a peu. Passons à autre chose maintenant, car je vois que toutes les tentatives que nous ferions pour vous réconcilier seraient vaines.

LA DAL'DIÈRE.

Certes!...

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Arrivons à l'essentiel... Comment avez- vous réglé vos questions d'intérêt?

THÉRÈSE

Très simplement. J'ai abandonné ma dot morceau par morceau... Il ne me reste plus que le i -linteau de Sauvetcrre. Je vais le vendre. Je suis venue à Angers exprès pour cela. Et j'irai vivre

\> il i, 3CBNE Vil M

daon iils dam un petit appartement, i Paris.

Voila*.

M \li.\Mi: DE LA BAUDIÈRE.

Combien croyez- vous que vaut Sauveterre?

Il a été estimé dans ma dot trois cent mille francs.

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Ma pauvre amie, ma pauvre amie! vraiment, vous me faites de ta peine!... Mais votre Sauveterre ne vaul pas la moitié de ça... il n'en vaut pas le tiers. Bi en outre, il est hypothéqué! votre

mari ue vous a doîlC pas «lil qtie Sauveterre était hypothéqué? Vous avez du signer pourtant.

thérj sa.

.l'ai tant signé de choses!

MAL ami: DÉ LA BAUDIÈRE.

Ah ! ma pauvre petite, vous n'y êtes pas, vous n'y êtes pas du tout, et vous allez avoir bien des déceptions... La porte s'ouvre. Tenez, voici Lormois (jui va nous fixer tout de suite... (Entre Lormois.) Bonjour, Lormois. Entrez donc. Combien vaut Sauve terre ?...

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