MM
Moi, je trouve ça tout naturel, mon chéri.
PIÉGOIS.
Une dame <iu,'.Je ne reverrai probablement jamais !
EMMA
Si. lu la reverras... D'autant plus que tu sais qui elle est el qu'il y a au moins huit jours que tu la Buis partout... I >li ! c'esl une femme du monde, celle-là, il n y a pas d'erreur! Elle est habillée mieux que moi, avec plus de goût... Si je l'avais m unue j»l il— tôt, j'aurais pu prendre modèle sur elle... On ! j»' le sais, et tu n'as pas besoin de unit- répéter m souvent, je ae suis pas un t\ pe dans le genre de madame de Main tenon...
330 uonsibub piégqis
PIÉGOIS.
Voyons, Emma, ce n'est pas sérieux, cette scène- là ?
EMMA
Non, c'est pour rire.
PIÉGOIS
Tu as envie de pleurer.
EMMA
Ne t'en occupe pas.
PIÉGOIS.
Tu sais bien que je ne t'ai jamais l'ait de la peine et que je ne t'en ferai jamais.
EMMA-
Ça, c'est vrai... Quand tu me trompes, jamais je ne le sais.
PIÉGOIS.
Alors, si tu ne le sais pas, comment peux-tu croire?...
EMMA
C'est mon affaire... Eniin, quoi qu'il arrive plus tard, et il en arrivera des choses, forcément, tu pourras te vanter d'avoir eu une bonne fille qui n'aura pas eu un tort vis-à-vis de toi et qui n'aura songé qu'à te faire plaisir.
Tu me feras encore plaisir tant que tu voudras.
EMMA-
Nous verrons... mais on ne discute pas avec des pressentiments.
PIÉGOIS.
Quelle superstitieuse tu lais!
Si I M Mil
Dans toute femme qui aime, il > a une tireuse
de l'.irirv
PU GOIS, nuiit.
Et qu'est-ce qu'elles te disent, les cartes !
i.mm \
Ce que je savais avant elles... que le jour on tu t'emballerais sur une femme d'un certain genre e! d'un certain monde, très différente de moi, sur une femme distinguée et fine, que, ce jour-là, je n'aurais plus qu'à disparaître ! ... Penses-tu que je ne devine pas ce qui se passe dans ta tète?... .!<' u*ai aucune éducation, mais pour comprendre les choses qui menacent leur amour, toutes les femmes se y aient. Je t'ai vu désirant des cocottes ou «J«> belles filles qui passaient auprès de toi ej «pu t'aguichaient, mais j'avais beau être jalouse sur le moment, au fond je n'étais pas inquiète, et je ne souffrais pus trop. Je savais bien que tu me reviendrais vite, parce qu'il y a tout uV même entre nous ce qu'elles ne pouvaient pas te donner; et, quant .ni reste, je te le donnais aussi bien qu'elles. Alors, j'étais tranquille. Mais aujourd'hui, ce n'est plus ça. Il n'y a plus de lutte possible. Bile ;i tout ce qui me manque...
PIKGOIS
Qui, elle .'
EMMA
Madame Audry... Mouvement de HégoU. Elle s'appelle madame Audry... Henriette de son petit nom... Elle est veuve,,, C'est la sœur de ce banquier, monsieur Jantel... .I<i l'ai regardée beaucoup et je vais même te dire une chose très curieuse : .!<• ne la déteste pas. Il j a une telle différence entre nousl Ma seule chance, c'est qu'il
332 MONSIEUR PIÉGOIS
y a aussi pas mal de distance entre vous deux. Seulement, ce n'est pas une chance, car si tu l'aimes et qu'elle ne veuille pas de toi, tu souffriras, et je ne serais pas plus avancée.
PIÉGOIS.
Je t'assure que tout ça est fou. Ma vie est arrangée avec toi. Nous sommes heureux autant que nous le pouvons et dans la forme d'existence que les événements nous ont imposée. Quand je t'ai fait la cour dans ta famille, et que je t'ai prise avec moi...
EMMA
N'oublie pas de dire que j'étais sage.
PIÉGOIS.
Inutile de me le rappeler... Oui, je savais ce que nous risquions tous les deux, les devoirs et les responsabilités que je me créais...
EMMA
Ça, oui, on dira de toi ce qu'on voudra... Mais avec les femmes, tu es un honnête homme.
PIÉGOIS.
Ne te tourmente donc pas. Nous sommes pour longtemps ensemble tous les deux, et probablement pour toujours. Et un matin qu'on aura le temps, on se mariera, comme je te l'ai promis.
EMMA
Oh! ce n'est pas le temps qui manque... Bien vrai, tu n'aimes pas la dame?...
PIÉGOIS.
Bien vrai.
EMMA
Elle te plaît, tu ne peux pas dire le contraire, mais tu ne l'aimes pas, tu me le jun-s?