‹ Théâtre completChapitre 38 sur 226 · LA CHATELAIN · texte numérisé non relu

LA CHATELAIN

THÉRÈSE

Je n'ai pas eu besoin de grande habileté, je vous assure... J'ai môme fait part à monsieur Jossan de quelques scrupules que j'avais.

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Eh bien! mais, ma chère, vous n'avez plus qu'une chose à faire maintenant, c'est de vous réconcilier avec votre mari.

THÉRÈSE

Moi ?

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Vous voici, par un concours de circonstances un peu providentiel, à la tête, je ne dis pas d'une fortune, mais d'une somme inespérée. Votre mari et vous, vous étiez absolument ruinés; c'est cette ruine qui était la cause principale de votre séparation.

THÉRÈSE

Mais non, madame... la ruine m'eût été indifférente avec un homme que j'aurais aimé ou qui simplement ne m'aurait pas trahie d'une aussi atroce façon.

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Il faut oublier tout cela.

THÉRÈSE

Jamais î

MADAME DE LA BAUDIÈRE

Il faut vous réconcilier avec Gaston, il le faut, je vous le jure. C'est indispensable. C'est votre devoir, oui, votre devoir. Avec la somme dont vous disposez aujourd'hui, votre mari peut rétablir sa fortune.

THÉRÈSE

Il peut surtout continuer à entretenir sa maîtresse.

M \l»AMi: DE LA BAUDIÈR1

Ne persistez pas dans des résolutions Intransigeantes, je vous I»' conseille. Vous êtes étonnante, vous savez. Mais vous n'êtes pas encore divorcée. El tant que l<i divorce n'aura pas été prononcé, votre mari reste I<i chef de la communauté. Vous lui devezcompte de vos actes... Réconciliez-vous donc avec lui, et tout de suite. C'est la meilleure façon, c'est la soûle de faire taire la médisance et d'empêcher les gens de jaser.

THÉRÈSE

Jaser ! Oui ?... Jaser!...

MADAME DE LA BAI DIÈRE

Comment! Vous rencontrez un monsieur que vous n'avez soi-disant jamais vu! Vous causez une demi-heure avec lui et vous lui vendez trois cenl mille francs une masure qui n'en vaut fichtre pas la moitié. Et vous ne voulez pas qu'on en parle? De quoi parlerait-on alors?

THÉRÈSE

C'est vous! Comment, c'est vous qui me parlez sur ce ton! Vous qui me connaissez, qui devriez être aussi heureuse que moi de ce qui m'arrive! Je vous prie de me dire ce que cela signifie, de me le dire nettement et tout de suite.

M \1 >AM I. DE LA BAUDIÈRE

<>ui, oui, certes, je vous connais, mais je connais aussi le monde. Monsieur Jossan est un homme des plus compromettants, il est immensément riche...

THÉRÈSE

Madame, quand on a, comme je l'ai, la certitude d'être une honnête femme, on n'a pas souci de ces malpropreté-.

MADAME DE LA BAUDIERE

L'honnêteté d'une femme, c'est l'opinion qu'on a d'elle. Je vous ai indiqué votre devoir. Vous le ferez, ou vous ne le ferez pas, à votre aise.

(Entrent Clotilde et La Baudière.)

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