III! III -I
Je Buis venue embrasser Jacques avant son départ. Il était t<>ul Beul dans le jardin, j'ai pu lui parler sans que mon mari m'aperçût. .!•' lui ai .lit qu'il allai! partir avec son père pour Paris et que je le rejoindrais bientôt. Il n'a | >;i ^ compris pourquoi je ne voulais pas l'accompagner, ce petit, et il s'est mis à pleurer. C'est la première chose que font les enfants quand ils ne comprennent pas. .le lui ai recommandé d'être bien sage et de bien obéir à son père. Figurez-vous qu'il m'a fait jurer, oui, mon oncle, il m'a forcée à étendra le bras et à jurer que je ne resterais pas plus d'un jour loin de lui... D'ailleurs, je ne peux pas croire que cette situation dure longtemps. Vous ne le croyez pas non plus, n'est-ce pas?
LA BAUDIÈRE.
Non pas, certes, dussè-je y perdre mon nom!
THÉRÈSE
Je suis dans une de mes journées d'espérance. Il est impossible qu'il ne me rende pas Jacques avant peu.
LA BAUDIÈRE.
Si vous voyez votre mari, et vous allez le voir, je vous recommande le plus grand calme. Nous agirons de notre côté, monsieur Jossan et moi.
THÉRÈSE, allant & La Baudière.
Mon oncle, vous allez me répondre franchement.
LA BAUDIÈRE.
Gomme toujours.
THÉRÈSE
Vous nie le promettez?
LA BAUDIÈRE.
Je vous le promets.
THERESE
Eh bien! mon oncle, dites-moi, vous qui êtes si sincère et si droit, dites-moi bien nettement si vous m'approuvez, si rien dans ma conduite ne vous paraît suspect, ne vous choque si peu que ce soit... J'ai tantd'estime pour vous, et j'ai tant besoin aussi de l'estime d'un homme comme vous dans les circonstances que je traverse. Elles sont très profondément douloureuses, je vous assure. Elles ont mis mon cœur, elles ont mis ma conscience à la plus dure épreuve. Moi, certes, moi, je sais bien au fond de mon cœur que je n'ai aucune arrière-pensée, que je n'ai fait aucun calcul; je sens bien que je suis dans mon droit de femme et de mère... Je suis bien sûre de ma loyauté et de mon devoir... Mais les autres, mais vous surtout... Oh! Tenez, une simple parole, un simple conseil me seraient d'un si grand secours en ce moment!
LA BAUDIÈRE, ému.
Mon enfant, je crois être un brave homme et avoir l'instinct de ce qui est juste. Eh bien ! votre vie tout entière est sans reproche. Pendant dix ans, vous vous êtes prêtée à tous les sacrifices pour éviter le scandale et maintenir votre foyer. Et vous avez eu raison. Des gens de notre caractère et de notre condition n'ont le droit de briser la famille qu'à la dernière extrémité, quand tout ce qu'il est possible de faire, ils l'ont fait. C'est votre cas. Aujourd'hui, il n'y a plus, entre votre mari et vous, que les liens fragiles de la loi; humainement, vous ne lui devez plus rien, et, sur mon honneur, c'est moi qui vous l'affirme, vous avez le droit d'aimer un autre homme que lui. Cet homme vous l'avez rencontré, tant mieux ! Il vous aime et vous l'aimez, c'est un grand
icn iv, scéni \ in 139
bonheur, car vous êtes, vous et Lui, des ôtres digne! l'un de l'autre. C'est dommage que voué ne vous soyez pas trouvés plus tôt, mais il a'esl
jamais trop tard pour avoir un peu de joie. Et
sache*, eu outre, une chose : moi aussi, je vbus aime bien tous les deux.
// l'embrasse.
ri il 1:1 SE
Ah ! mon oncle, quel courage vous me donne/ : La porte t'ouvre. Entre Gaston.
I \ BAUDIÈRE, à part.
Voici l'autre... A Gaston. Tu n'as rien de particulier à me dire?
GASTON
Non, mon oncle.
LA BAUDIÈRE.
Alors, je te laisse avec ta femme.
// sort.
SCËNË vin