MARIANNE, ROSINE
MARIANNE
Quel air me trouves-tu ce matin?
ROSINE
Mais, madame, comme toujours... l'air d'une femme qui n'a qu'à vouloir pour faire tourner toutes les têtes.
MARIANNE
Tu n'y es pas. Que les têtes de ces messieurs tournent plus ou moins, elles sont assez girouettes pour le faire au plus petit vent, et il n'y a pas grand triomphe à tirer de là. Je te demande si j'ai l'air brave, décidé, superbe... l'air
enfin de ce que je veux être? C'est qu3, vois-tu, Rosine, j'ai pris une résolution héroïque : je me suis plaidé à moi-même le pour et le contre, j'ai pesé, jugé, apprécié les choses, et me voilà armée de pied en cap contre ceux qui voudraient ne pas être de mon avis. — Tu connais monsieur de Lussan?
ROSINE
Ce pauvre monsieur de Lussan ! je ne vous aurais pas cru si méchante. Il vous aime, il vous le dit, il fait mille folies... Vous l'agacez, vous lui mettez l'eau à la bouche... et vous le plantez là — comme une épingle.
Et tu le crois désespéré? Dieu! que tu ne les connais guère ! C'est pour cela que, la semaine dernière, il est entré par la fenêtre chez je ne sais plus quelle bourgeoise, dont le mari s'est fâché et a fait un gros scandale. — Pour en revenir à ma résolution, ton monsieur de Lussan a voulu me prouver qu'il n'était pas possible que je tinsse contre ses assauts, et que je serais forcée de revenir à lui par réflexion. En conséquence, il m'a tant priée et suppliée que je lui ai accordé la quinzaine. C'est aujourd'hui que la quinzaine expire. 11 a été fidèle à nos conventions en ne paraissant pas ici une seule fois durant l'armistice ; j'y serai fidèle de mon côté en le recevant dès qu'il se présentera. Tant pis pour lui, si je vais rembarrer tout à plat ses brûlantes protestations.