SCENE II
MONSIEUR DE LUSSAN
Que sais-je?... Vous étiez féroce ce soir-là. En résumé, • vous aviez essayé de m'ai mer, et vous ne pouviez pas me souffrir.
MARIANNE
Vous exagérez. Tout uniment, j'avais compris que nous étions tous les dtux sur le point de conclure un marché de dupes, et qu'il était honnête de le rompre.
MONSIEUR DE LUSSAN
C'est que vous dites cela d'un sérieux !...
MARIANNE
J'en reviens à mon commencement : — Les femmes sont moins légères qu'on ne croit; — la preuve, c'est que mon opinion, loin de changer, s'est acciue, et que je vous répéterai aujourd'hui ce que je vous disais il y a quinze jours...
MONSIEUR DE LUSSAN
Arrêtez !... et écoutez-moi. Je ne vous recommencerai pas des protestations mille fois faites; elles sont là, toutes vivantes dans mon cœur, et toutes brûlantes sur mes lèvres ; mais votre mémoire n'a pas encore eu le temps de les oublier. Je vous dirai seulement que je vous aime, que mon amour pour vous est de la passion, tt que d'un mot — ce
mot que je vois pointer là entre vos .petites dents nacrées, et que vous devriez bien étrangler au passage — vous allez faire de moi le plus désolé des hommes.
MARIANNE
Mais puisque je vous dis que je ne vous aime plus!... et quand je dis « plus! » c'est une concession que je fais à notre semblant de liaison. Voyons, monsieur de Lussan, en bonne franchise, est-ce que vous ou moi, nous sommes capables d'éprouver véritablement, une pauvre et unique minute, ce que vous exprimez si bien — parce que vous le savez par cœur. '
MONSIEUR DE LUSSAN
Vous êtes d'une bizarrerie désespérante avec vos idées.
MARIANNE
Tenez, monsieur de Lussan, j'ai tant pensé à vous, et vous avez si fort songé à moi, qu'il n'est bruit — et je n'y suis pour rien — que de vous et de vos aventures...
MONSIEUR DE LUSSAN
Je démentirai...
MARIANNE
Chut! et que moi, les oreilles farcies de vos équipées, je n'ai pas eu l'idée de le trouver mal et d'en éprouver le moindre déplaisir!