‹ Théâtre completChapitre 124 sur 143 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

gens ! Vous vous croyez toujours en campagne et à l'assaut d'une redoute.

LE CHEVALIER

Si c'est un compliment, je vous en remercie; si c'est un reproche, je vous pardonne. Vous savez que je suis le trèshumble serviteur de votre personne et de vos caprices.

MARIANNE

, Pas autant que vous dites, puisque vous êtes ici malgré moi.

Ah ! nous ne sommes pas au bout. J'entends bien encore, et malgré vous, puisque ce cher de Lussan a décider ment échoué, vous dire que je vous aime un peu plus aujourd'hui qu'hier, un peu plus tantôt que ce matin, et vous demander jusqu'à quand vous aurez assez peu de pitié pour me laisser le cœur à l'envers.

MARIANNE

Prenez tout doucement votre cœur et retournez-le à l'endroit; car voyez- vous, chevalier, si d'heure en heure je vous parais plus aimable, d'heure en heure il me prend de furieuses démangeaisons de vous trouver insupportable, et de vous le dire tout à plat.

LE CHEVALIER

Ceci est de la coquetterie, et vous ne m'y prendrez pas.

MARIANNE

C'est de la franchise, et je ne veux point vous y prendre.

LE CHEVALIER

Cœur de rocher !

MARIANNE

Un rocher, c'est cela. Une citadelle, si vous voulez.

LE CHEVALIER

Vous avouez donc ?

MARIANNE

Quoi?

Que vous aimez quelqu'un.

MARIANNE

Expliquez-vous un peu, s'il vous plaît, et daignez mettre vos rébus à la portée de mon intelligence.

LE CHEVALIER

C'est bien clair. Une citadelle ne se défend que si on y a mis garnison. Or, la garnison d'un cœur, c'est un amant.

MARIANNE

Peste du jargon ! Moi qui vous écoutais et qui cherchais à comprendre !

Page 1