‹ Théâtre completChapitre 32 sur 143 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

C'était lui qui m'avait réveillée en chantant. Je me sentis pâlir... Faible et crédule femme, Ce coup, comme un malheur, m'avait pénétré l'âme, Et je m'évanouis... — Pauvre amour! pauvre oiseau! On dirait que le Sort, d'un seul coup de ciseau, Les a tués tous deux. Que la mort les rassemble! C'est de toute justice : ils périrent ensemble, De la même façon qu'ensemble ils sont éclos.

CATULLE

Le hasard a parfois d'étranges à-propos.

LESBIE

C'est la voix du Destin que ce muet langage.

De mon triste avenir c'est le triste présage...

Après un bonheur court, viennent les longs regrets!

L'avenir! Qui pourrait en sonder les secrets?

LESBIE

L'avenir est bien triste, alors que dans son âme On a, de tout espoir, vu s'éteindre h flamme.

CATULLE

C'est trop désespérer. À la fin vient le jour

Où, dans rame, un amour remplace un autre amour.

LESBIE

Non, Catulle, non pas. Dans une seule vie, On n'a qu'un seul amour, et je t'aimais.

CATULLE

Lesbie, Laissons ces souvenirs... Quand le cœur est froissé, C'est un amer écho que celui du passé.

LESBIE

Oui, changeons de propos... Mais que veulent donc dire Dans ce brillant écrin ces bijoux que j.'admire? Le splendide camée!... Et ces flèches d'argent, Quel travail!... Et ce beau lapis au bleu changeant! Pour qui donc tout cela?... — Suis- je assez étourdie! J'apprends son mariage, et déjà je l'oublie... Qu'elle doit être heureuse!... Elle est belle, dis-moi? Allons, ami, sois franc.

CATULLE

Mais... moins belle que toi.

LESBIE

Flatteur! — Ces diamants sont d'une eau merveilleuse...

Comme ils font flamboyer leur chaîne radieuse,

Et de quel air royal cette perle devra,

Sur une blanche épaule, attacher la stola !

Tu vas me trouver folle à lier... mais pardonne!

Je voudrais, sur mon front, essayer la couronne

Qu'elle mettra demain pour la première fois.

Ne me refuse pas, c'est pour un instant... — Vois,

Suis-je belle?... Jadis, quand ton cœur plein d'ivresse,

Battait à l'unisson du cœur de ta maîtresse,

Je me parais ainsi.

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