ACTE PREMIER
NÉ ÈRE
Toute seule? Une bien triste joie.
Vous, vous vous ennuierez, et moi, vous savez bien Que si vous n'êtes là, lé reste ne m'est rien. Mais depuis quelque temps, et j'en souffre en silenco, Je compte bien souvent les heures de l'absence : Ou je ne vous vois guère, ou je ne vous vois pas; C'est toujours loin d'ici que vous portez vos pas; Les ports ou l'Agora, le Stade ou les portiques, Voilà depuis un temps vos affaires uniques; De façon, Eutyclès, que tout le long des jours, Seule, et songeant à vous, je vous attends toujours.
EUTYCLÈS.
Des reproches, Néère?
NÉÈRE
Oh ! non. C'est que je t'aime, Qu'il me semble parfois que tu n'es plus le môme, Et que mon cœur en est triste jusqu'à la mort. Aussi, pardonne-moi, mon ami, si j'ai tort, Si je suis importune, et si des mots de plainte S'échappent, malgré moi, de ma lèvre contrainte. Quand on aime, on soupçonne... et c'est si douloureux! Grands dieux ! que les tourments des jaloux sont affreux ! Qu'est-ce que je dis là? jalouse! un mot... que sais-je? Je ne suis point jalouse, et pourquoi le serais-je? Des visions, des riens, des vertiges du cœur... Que tu rentres ?... voilà que s'envole ma peur. Va chez Antagoras; moi, je cours vers mes femmes,
Activer le travail du fuseau sur les trames, Car la fête est prochaine, Eutyclès, et pour toi Je serai belle, afin que tu sois fier de moi. Quand me reviendras-tu?
Bientôt, je te le jure.
Pour gage...
(Il embrasse Néère.)
ISÉERE.
A la bonne heure! à présent; j'en suis sûre.