ACTE PREMIER
Que ne puis-je du temps pousser l'aile enchaînée ! Je voudrais, devançant ma triste destinée, Pour éteindre chez moi ces désirs palpitans, Je voudrais, d'un seul coup, me vieillir de vingt ans. Peut-être alors serais-je heureux! La main de l'âge Fait, dans un cœur plus froid, couler un sang plus sage, Et je resterais sourd à ces vaillants instincts Qui m'appellent sans cesse aux horizons lointains.
Ignore à tout jamais, ô Néère ! ô ma femme ! ' Les éternels combats qui déchirent mon âme :
Je t'aime, et je voudrais t'aimer plus; mais du moins, Si ma lutte est sans fin, qu'elle soit sans témoins. Pauvre enfant! tu voudrais, pour soulager ma peine, Essayer de porter la moitié de ma chaîne; Tu n'y parviendrais pas, et de té voir souffrir, Loin de guérir mon mal, ne pourrait que l'aigrir.