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SCÈNE VIII

PASIPHILE, EUTYCLÈS.

PASIPH1LE.

Aussi, quelle imprudence !

Du danger que tu cours on te prévient d'avance, Et tu t'en vas, suivi d'un seul esclave ! — Mais Ton visage est pensif, tes regards sont distraits, Tu ne me réponds pas... Cette femme peut-être?...

EUTYCLÈS.

Tu la connais?

Moi? non. Je voudrais la connaître...

Ou plutôt non. J'ai peur dans le cas que voici...

EUTYCLÈS.

Peur de quoi?

PASIPH1LE.

Si j'étais jalouse ?

EUTYCLÈS.

Folle !

PASIPH1LE.

Si Tu l'aimais?

EUTYCLÈS.

Aimer qui? quoi? je ne l'ai pas vue.

PASIPHILE.

Raison de plus. On gagne à rester inconnue :

On devient idéal. L'imagination S'allume, et fait bientôt naître la passion.

Tu rêves.

PASIPHILE.

Parlons donc de toi. C'est qu'il me semble Qu'on te menace encor, qu'on te frappe... Je tremble, J'ai beau te regarder, te sentir près de moi, J'ai là, devant les yeux, leur fer levé sur toi. Connaître le péril et ne pas t'y soustraire!... Mais s'ils t'avaient tué, mon Eutyclès?

EUTYCLÈS.

Qu'y faire?

Je serais mort, voilà. Le plus tôt est le mieux. Est-ce un plaisir si grand que de devenir vieux?

PASIPHILE.

Restent les survivants, Eutyclès. L'égoïste ! Il le sait... c'est pour lui, c'est par lui que j'existe, Et c'est en souriant qu'il fait face au danger! C'est sans penser à moi seulement, sans songer Aux larmes qu'à mes yeux sa mort eût fait répandre.

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