‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 100 sur 163 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

DON JORGE

Je suis don Jorge de Lara.

D05'A FLORINDE

S'il y avait un homme en danger de mort, un malheureux homme qui, sachant sa tète mise à prix en Castille, y fût venu cependant ; si cet homme était à Séville, si on l'avait reconnu et dénoncé, si les portiers des murs étaient avertis, si, espionné, cherché, traqué, chassé par toute la meute des alguazils, forcé dans sa dernière retraite, fuyant la nuit dans les rues, il allait être pris, être assassiné !...

DON JORGE

Madame, cet homme serait un rebelle.

DONA FLORINDE

C'est l'infant don Manuel.

DON JORGE

Ah! ce traître !

DONA FLORINDE

Je suis sa femme.

DON JORGE

Vous êtes...?

DONA FLORINDE

Doha Florinde d'Aguilar. Nous nous sommes mariés secrètement. C'est pour cela qu'il est venu à Séville, malgré moi.

DON JORGE

On m'avait dit, en effet, qu'il était venu pour cela, et que vous étiez très riche.

DONA FLORINDE

Don Jorcc! — Vous allez secourir mon mari.

Don Manuel?

Il le faut.

DON JORGE

DONA FLORINDE

DON JORGE

Je VOUS plains, senora, et je me repens de ce qui m'est échappé sur don Manuel, puisque vous êtes sa femme; mais don Manuel s'est révolté, et moi, je serai toujours loyal serviteur du roi.

DOKA FLORINDE.

Vous croyez?

DON JORGE

Je crois.

DONA FLORINDE

Vous l'aimez donc bien, le roi?

Oui, je l'aime. Non pas par reconnaissance et parce qu'il m'a fait capitaine-grand de la guerre d'Aragon, mais parce que don Pèdre est un vrai roi. Redoutable aux mauvais, qu'importe aux bons? La clémence, on la lui a arrachée du cœur. Dès l'enfance, don Manuel et les autres bâtards de son père étaient tout; ils suivaient le roi aux batailles contre les Mores ; ils avaient les cuirasses brillantes, les clairons, les bannières, les hommes d'armes; lui, oublié à Séville, il vivait dans

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