‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 21 sur 163 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Ayant Todeur des fleurs, la douceur de l'ombrage Et le double printemps de juin et de votre âge, Je ne parviens pas même à vous persuader Que me sentir heureux rien qu'à vous regarder. Mon cri reconnaissant quand dans l'allée obscure J'ai vu briller enfin votre chère figure, Les mots qui de mon cœur sortent tout enflammés, Cela soit de l'amour !

DON A CAPRINA.

Je crois que vous m'aimez Assez pour marier — nos noms sur cette écorce. M'aimeriez-vous autant sous la loi du divorce?

DON ELISEO.

Je l'appelle !

DONA CAPRINA, gravement.

Bien sûr?

DON ELISEO.

Doutez de ce que dit Ma bouche ; la parole a perdu son crédit ; 11 s'est fait, c'est certain, tant de fausse monnaie De serment, qu'on a droit de n'accepter la vraie Qu'après un examen plus que minutieux ; La bouche ne dit rien ; — mais écoute mes yeux ! Demande hardiment au fond de ma prunelle Si l'amour dont je t'aime est l'ardeur éternelle Et si c'est seulement pour toi que je vivrai. Les mots sont des menteurs, mais le regard dit vrai ! Tu ne peux pas douter du mien, chère inhumaine!

38 TRAGALDABAS

doSa caprina.

A combien avec moi, rien que cette semaine, Votre regard a-t-il — dit vrai?

DON ELISEO.

Je t'appartiens !

Tu n'en crois pas mes yeux? alors crois-en les tiens! Crois-en ta beauté, gaie à la fois et farouche ! Des preuves? mais j'en ai ! j'ai ton front, j'ai ta bouche, J'ai tout ton frais visage à l'aurore pareil, J'ai ton sourire fait pour gêner le sommeil Du plus vieil hidalgo de la Vieille-Castille, J'ai la vivacité dont ton geste pétille. J'ai tout ce qu'une fée à ton berceau donna, Alouette ! fleur ! perle ! étoile ! Caprina !

doSa caprina.

Eliseo !

DON ELISEO.

Tu veux des preuves, je t'en donne ; Mais pourquoi t'en faut-il? Comment, chère madone, On te dit qu'on t'adore, et cela te surprend? C'est si l'on te disait qu'on est indifférent Que la parole aurait besoin d'être prouvée ! Tu doutes, toi que tout aime î A ton arrivée, Il s'est fait dans le bois comme un frémissement. Les oiseaux ont soudain chanté plus doucement. Et, frissonnant de joie, ô déesse mortelle. Les branches se disaient à voix basse : C'est elle !

D0KA CAPRINA.

Quel démon êtes-vous ? Vous en dites autant

A vingt autres sans doute, et lorsqu'on vous entend...

Achève !

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