‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 23 sur 163 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

TRAGALDABAS

Ah çà, pas de grabuge !

A mon secours! Je prends Minotoro pour juge.

MINOTORO, s'avansant.

Présent !

GRIF.

Non pas ! Humide encor de ta boisson, Il jugerait pour toi.

MINOTORO.

Je donnerai raison A qui l'aura. J'ai lu l'histoire du grand homme Qui jadis condamna son fils traître envers Rome ; J'aurais comme Brutus sacrifié mon sang, Et j'aurais fait tuer mon fils — même innocent!

GRIF.

On s'en vante. Il faudrait un fier juge, un ancêtre. Un ours, pour prononcer contre un homme après s'être Gavé de son saumon !

MINOTORO.

J'adore le poisson.

Mais cependant...

GRIF.

Qui? toi! condamner un garçon Qui, vinsde France et mets sans nombre, a tant de titres A ta reconnaissance ! Et cette sauce aux huîtres Qui t'a fait ululer de si joyeux éclats ! Je renonce à parler, seul contre tant de plats. Avec quoi combattrais-je un gaillard qui s'épanche En sauce aux huîtres?

42 TRAGALDABAS

MINOTORO.

Mais je te dis que... — Je penche A le trouver coupable!

TRAGALDABAS

Eh!

GRIF.

Tai dit.

MINOTORO, à Tragaldabas.

Défends-toi.

De quoi?

MINOTORO.

Ho! toi, tu vas parler, ou, sur ma foi, Je me fâche à mon tour! Et tout rouge. — La cause Est appelée. Allons, Tragaldabas, expose De quel noble débat il s'agit entre vous. Sois prolixe.

TRAGALDABAS

Il s'agit du plat de porc aux choux.

Nous causions du festin qu'à présent je regrette De vous avoir offert. Grif, en convive honnête, Disait que rien ne peut en être surpassé. Je dis : Hormis le porc. Il se trouve offensé. Voilà toute l'affaire. Et qu'à présent on pense A ce qui m'a fait faire une telle dépense ! Et quand? le lendemain du jour où par mon art Les dés m'ont ruiné ! J'étais sans un liard. Et j'ai dû profiter de ton état d'ivresse Pour t'emprunter l'argent. Tâche de me suivre. Est-ce Afin d'être tué par vous que je me suis

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