‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 43 sur 163 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

DON ELISEO, TRAGALDABAS.

Bonjour, Trag...

Frappé de ses gestes. A part.

Qu'a-t-il à se tordre

Les mains?

TRAGALDABAS

Mais non, voyons cela plus sagement.

Cette fiole contient le grand soulagement. Une goutte de toi suffit pour qu'on guérisse, Remède sacré! lait de la noire nourrice! Plus puissant que celui qu'au berceau j'ai tété : J'y bus la vie, ici je bois l'éternité !

DON ELISEO, accourant.

Du poison!

78 TRAGALDABAS

TRAGALDABAS

J'ignorais, senor... J'avais cru clore La porte...

DON ELISEO.

Ah çà, comment! tu vas mourir encore!

TRAGALDABAS

C'est la dernière fois.

DON ELISEO.

Et tu ne diras pas Aujourd'hui que tu n'es pour rien dans ton trépas ! Ta raison de mourir?

TRAGALDABAS

Votre raison de vivre?

Entre nous, l'existence est un assommant livre. Tenez, je trouverais simple et raisonnable, oui, Qu'un homme se tuât seulement par ennui D'avoir à s'habiller tous les jours. Valet, maître, Voici la vie : ôter ses bas pour les remettre. Sehor, comprenez-vous quelque chose de plus Écœurant à la fin que ce flux et reflux D'étofTe? Heureux les chiens! quand je vois que les bêtes N'ont ni botte à leurs pieds, ni chapeau sur leurs têtes, Ni culotte, il me vient un si parfait mépris De notre humanité — que souvent il m'a pris, Au risque d'égayer une foule accourue, Une tentation d'aller nu dans la rue ! Mais la police!... Encor si, vêtu, j'y consens, On l'était pour un laps, je ne dis pas dix ans, Mais si l'on n'ôtait pas sa chausse à peine mise ! Si l'on était un an sans changer de chemise !

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