‹ Théatre complet (volume 2)Chapitre 8 sur 163 · ACTE PHKMIFn. I.i · texte numérisé non relu

ACTE PHKMIFn. I.i

DON ELISEO.

Et j'en ai Un poignant désespoir. Mais est-on condamné A tuer les maris dont on aime la femme? Faut-il assassiner pour épurer sa flamme? Je plaisante; j'ai tort. Je vous aime.

D05iA CAPRIN A.

Je suis Mariée.

DON ELISEO.

Oui. J'ai vu votre époux. Je le suis Quelquefois dans la rue, et je fais une étude Profonde de ses goûts et de son attitude; Je tâche de saisir, pour m'en servir aussi. Le charme par lequel il a trop réussi ; Mais j'ai de mauvais yeux, car sans doute elle est claire. Je n'ai pu découvrir sa raison de vous plaire.

DON A CAPRIN A.

Votre méchanceté n'a pas prise sur moi.

Une femme vraiment honnête l'est pour soi.

Que mon mari puisse être ou non votre modèle,

C'est à moi, non à lui, que je reste fidèle !

Pour vous montrer, voulant en finir aujourd'hui,

Que mon honnêteté ne dépend pas d'autrui.

Je vous dirai que j'ai pris mon mari par crainte

De mon père; j'avais seize ans, on m'a contrainte;

J'ai résisté longtemps, et vingt fois j'ai dit non ;

Mais il n'a jamais eu d'un mari que le nom!

J'ai cédé pour mon père, en fille, et non en femme;

Rien de moi n'appartient à qui n'a pas mon âme!

IV rnvr. \i,i).\ii.\s.

Je n'ai donc pas d'amour, — mais j'ai d'autres liens.

Nul ne me retenant, c'est moi qui mo retiens.

Lo mari retiré, le mariage reste.

Je veux pouvoir sourire à la voiUe céleste!

C'est ma manie.

DON ELISEO.

Et vous vous figurez qu'aimant Vous ne le pourriez plus! et que le firmament Serait fâché de voir une pauvre âme, en proie A la nuit, au néant, au froid, morte à la joie. Ressusciter, et vivre, et rire, et réclamer Son droit universel d'être aimée et d'aimer ! Cette idée un instant peut vous sembler lucide Que ce soit un devoir du cœur, le suicide! Quand parfois vous voyez, dans quelque arrière-cour,

I ne fleur qui mourait faute d'air et de jour Monter éperdument vers la brise et la flamme. Vous vous figurez donc que le ciel bleu la blâme? Vous pensez donc qu'elle est coupable de fleurir, Kt qu'elle' aurait mieux fait de se laisser flétrir Que de s'épanouir là-haut, gaie et superbe?

Eh bien ! un cœur de femme est-il moins qu'un brin d'herbe ?

Aime! aime! et ne crains pas que le grand ciel vermeil

Te reproche de boire un rayon de soleil.

Et crois que Dieu, qui liait nos ténèbres moroses.

Donne aux âmes l'amour ainsi que l'astre aux roses!

nOÂA CAPRINA.

II est trop tard.

nO.N ELISEO.

Trop tard pnui- rompre, ô mes amours,

ACTK l'iiKMlKli. 15

Ln joiiî? cpio t'imposa la force? 11 est toujours

I/heure de s'arracher à ce qui nous opprime!

J.e mal doit-il durer parce qu'il est? Le crime

Oppose-t-il au droit l'antériorité?

Le malade dit-il : trop tard! à la santé?

Trop tard ! c'est ce qu'on peut dire quand on est vieille.

Trop tard ! pour vivre, à l'âge où ton âme s'éveille!

Trop tard! quand ton cœur naît! quand tu n'as pas vingt ans!

Le jour meurt-il à l'aube et l'année au printemps?

doSa caprin a.

A quoi bon me tenter? — D'abord, pour être heureuse, On n'a pas tant que ça besoin d'être amoureuse; Ce que j'ai de lumière et d'air, moi, me suffit. Puis, quand j'en voudrais plus, ce serait sans profit Pour vous.

noN Kî, isi:n.

Comment?

no 5; A CAPRIN A.

Quand même une métamorphose Me ferait telle un jour que votre espoir suppose, Quand je me laisserais prendre à votre chanson, Quelle femme douée encor de sa raison Exposerait sa vie, et mieux, sa renommée. Sans être sûre au moins qu'elle est vraiment aimée?

DON Kl. isno.

Je vous aime vraiment.

DO À A CAPRINA.

Qui me le prouve?

16 llLUiALUAliAS.

UON i; LIS KO.

Tout!

noÀA i:,\i>uiNA.

Uien! Oli ! pour des serments, vous m'en faites beiiucoui).

On peut y cM-oire avant que d'être mariée :

Page 1