ACTE DEUXIÈME
'le roi.
Ohl mes frères I ils ne sont pas à Séville, —excepté un, qui aimerait autant ne pas y être.
MUDARRA
Si ce n^est pour vous, que ce soit pour la Gastille, à qui votre vie est si précieuse.
LE ROI
G^est pour la Gastille que je sors la nuit. Roi qui veille, peuple qui dort. Les malfaiteurs hésitent, sentant sur eux un regard invisible, et tremblent de rencontrer la brusque apparition du châtiment. Le flagrant délit n'a pas eu le temps de s'esquiver, que j'arrive et que j'écrase le criminel sur son crime I — D'ailleurs, j'ai aujourd'hui une raison de plus pour sortir et pour sortir seul. Ne veux-tu pas que j'aille à un rendezvous avec une armée?
MUDARRA
Gelle que vous venez voir ici pourrait venir vous voir à l'Alcazar.
LE ROI
Dans ce moment, nous sommes obligés à plus de précautions.
MUDARRA
Que craignez-vous?
LE ROI
Moi, personne; mais elle craint son fils. Il ne pardonnerait pas à sa mère d'avoir un amant
MDDARR'A.
Même le roi?
Même le roi.
LE ROI
MUDARRA
Il y a encore des gens de cette espèce?
Il n*y en a pas beaucoup d'aussi farouches que lui. Elle fait bien de se cacher, il serait furieux. Son honneur serait capable de tout, même d'un crime. C'est un monstre de vertu.
MUDARRA
Ce fils ne vous fait pas renoncer à la mère?
LE ROI
Au contraire. Gela me change un peu, d'aller chez une femme avec ce mystère. Je suis excédé de familles complaisantes : Maria Padilla m'a été donnée par son oncle; Aldonza Goronel m'a été envoyée par son mari. Celle-ci se lève en tremblant, se glisse dans une maison discrète et frissonne pour un rien, comme une fillette à son premier rendez-vous; jusqu'à présent, mes maîtresses n'avaient peur que de moi.
MUDARRA
Si elle a cette terreur de son fils, comment sortelle la nuit?
LE ROI
Elle ne sort pas. Cette maison communique à la terrasse de son palais. Elle n'a qu'une porte à ouvrir.