ACTE SIXIÈME
LE ROI
Parlez hardiment. Tout ce qui dépend de moi vous appartient.
DOfïA BEATRIZ.
Oui, mais vous me direz que cela ne dépend pas de vous.
LE ROI
Je ne me croyais pas avare. Que désirez-vous? Un palais, un château, un gouvernement?
DONA BEATRIZ.
Et si c'était la vie d*un homme?
LE ROI
La vie d*un condamné?
DO^A BEATRIZ.
D'un condamné I NonI grand Dieul
LE ROI
Alors, je ne vous comprends pas.
DOftA BEATRIZ.
Don Pèdre, je vous en prie, je vous en supplie, accordez-moi ce que je vous demande, ou bien comment voulez-vous que je vous sauve?
Que vous me sauviez?
DONA BEATRIZ.
Ne faites pas attention à mes paroles. J*ai Tesprit troublé. Je vois encore cet horrible échafaud d'aujourd'hui. Ahl Dieul Téchafaudl J'ai peur
Ui LES FUNÉRAILLES DE L*HONNEUR.
LE ROI
Pour qui?
OOfiA BEATRIZ.
Pour vous d'abord.
LE ROI
Et pour qui après ?
BOfiJi BEATRIZ.
Pour vous d'abord. Tous ces supplices sont un mauvais moyen d^apaiser les haines. Les jeunes cœurs s'exaltent et s-irritent. Oui, c'est cela qui les courrouce. Bien sûr, ce n'est que cela. C'est un excès de générosité; il ne faut pas trop leur en vouloir. Pro-. mettez-moi de pardonner. Il le faut. Pardonnez, je vous aime tantl Vous ne savez pas comme je vous aime, don Pèdre. Mon honneur dans cette vie et mon âme dans l'autre, je vous ai tout donné : eh bien, je suis heureuse d'être méprisée et damnée à cause de toi. Seulement, je me demande quelquefois comment je pourrai souffrir en enfer, puisque tu seras au ciel I
LE ROI
Dona Beatrlz... — Pour qui encore avez-vous peur?
OOfîA BEATRIZ.
Pour personne.
LE ROI, à part.
C'est singulier.
DOSA BEATRIZ.
Seigneur, je vous en supplie. Vous n'avez jamais fait gr&ce. Pas même à votre frère. Si vous faisiez