SCÈNE III
OOKA BEATRIZ, don JORGE.
DOKA BEATRIZ, se relerant et TeoaQt à don Jor9<>«
Maintenant que j'ai remercié Dieu, me voilà.
DON JORGE
Pourquoi venez-vous ici?
DOffA BEATRIZ.
Tu es vivant l merci! Depuis hier, je ne respirais plus. Cet enterrement auquel tu avais prié le roi m'étouffait. Tu ne sais pas la nuit que j'ai passée! Et ce matin ! ^n ne voulait pas me laisser entrer. Il me semblait que je ne te reverrais jamais. Oh! que j'aie besoin de la violence pour arriver à mon enfant! A présent, causons. Pour qui est cette fosse? N*importe, tu es vivant; qu'elle soit pour qui elle voudra, puisqu'elle n'est pas pour toi !
DON JORGE
Qui vous dit qu'elle n'est pas pour moi?
DOfiA BEATRIZ.
Pour toi! Es-tu insensé? Puisque tu es vivant!
DON JORGE
Vous croyez?
DO^A BEATRIZ.
Je crois que tu es vivant !
DON JORGE
Madame, allez-vous-en. L'heure approche où il va se faire ici une chose que je ne désire pas que vous voyiez.
DOfÏA BEATRIZ.
Tu ne vas pas te...1
Non. Allez-vous-en.
DONA BEATRIZ.
Je ne m'en irai pasl
DON JORGE
Savez-vous à quoi vous vous exposez en restant?
DOfiA BEATRIZ.
Si j'en meurs, tant mieux I
DON JORGE
Ne restez pas. Rappelez-vous de qui je descends. Rappelez-vous Ruy Gonzalës. 11 n'était question dans toute la Gastille que du château que don Ruy Gonzalès venait de se faire bâtir. Le roi d'alors écrivit à don Ruy que sa reine était curieuse de voir ce château, et qu'elle viendrait le visiter tel jour. Don Ruy récompensa largement le messager de cette grande nouvelle, acheva vite d'orner ses murs, et prépara une hospitalité digne de l'hôtesse. Au jour dit, les clairons sonnèrent, don Ruy sortit avec tous ses gentilshommes, et vit arriver, la bannière royale au vent, une cavalcade nombreuse, la moitié de la cour, et, au centre, au lieu de la reine, la maîtresse du roi. Ruy Gonzalès était vieux, il n'avait pas appris à désobéir au roi; il