‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 132 sur 166 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

• AGDSTIN.

Faisons bien attention. Au moindre danger, il faudrait appeler Martin Diaz.

DIONIS

Dis dpnc, Agustin, sais-tu la réflexion que je faisais là tout à l'heure ?

AGUSTIN

•Non.

DIONIS

Voici un tombeau commencé il y a plus de six ans; on Ta quitté, on Ta repris, on Fa terminé hier ; bon. Tant qu'il n'a pas été près d'être fini, l'infant a vécu tranquille, il a été puissant, il s'est bien porté. Au moment juste où son tombeau est achevé, il meurt. Ne trouves-tu pas cela prodigieux ?

, . AGUSTIN

Au contraire, je trouve cela tout simple.

DIONIS

Gomment ?

AGUSTIN

Veux-tu que je te dise une chose ? Si j'étais riche, je n'emploierais pas les sculpteurs à me faire mon tombeau.

DIONIS

Pourquoi?

AGUSTIN

Parce que le tombeau est la moitié de Tenterrement.

DIONIS

Et puis ?

AGUSTIN

Ris, si tu veux; mais moi, je suis persuadé que vous mourez plus tôt quand vous avez dans la terre un trou qui vous invite, qu'on a creusé pour vous, *auquel vous vous devez. Est-ce que personne a jamais su pourquoi nous mourons? A moins de croire que tout arrive par hasard, il faut bien admettre que, princes comme manants, la nature nous met où nous sommes utiles. Cette vérité reconnue, Tinfant n'était-il pas insensé de faire que sa mort servît? A boucher un trou, je ne te dis pas non; mais à quoi servait sa vie? Quel homme, si largement important qu'il se suppose, fera jamais dans le monde un vide de six pieds? Dieu compare en silence le vide que vous laissez sur terre et celui que vous comblez dedans, et, le sépulcre étant plus grand que l'œuvre, il vous y jette. L'infant n'avait aucun motif de mourir, à vingt-cinq ans ; il n'avait pas de maladie; mais 11 avait son tombeau. Il n'a pas pu résister à ce grand diable de trou qui bâillait en l'attendant.

DIONIS

Après tout, qui sait? Tu as peut-être raison. Lorsqu'on a sous les pieds seulement un creux de .cent brasses, on a le vertige ; et l'infant creusait sous ses pieds l'éternité.

AGUSTIN

Attention I (n ?» & la porte.) Les prières sont dites. Ils viennent par ici. Sortons. (lu ionent.)

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