ACTE QUATRIÈME
revoyions, étant ce que nous sommes, après ce que nous avons été? Est-il possible que nous nous rencontrfons dans un salon ou dans la rue? Est-il possible que mademoiselle Andrée soit exposée à se retrouver en face de celui qui va souffrir à cause d'elle? Pouvons-nous, monsieur et moi, rester dans le même pays?
OLIVIER
Je m'en irai.
JEAN BAUDRY
Il faut qu'un des deux s'en aille, et il faut que ce ne soit pas le mari d'Andrée, car on ne peut pas l'expatrier, elle. Il faut qu'un des deux s'en aille parmi les étrangers, que sa vie soit la feuille morte emportée au vent froid de l'exil, et, pendant que l'un gardera tout, son pays, ses amis, sa maison, sa rue, et aura tout cela doré par le regard de la femme qu'il aime, l'autre, seul, rejeté, jaloux, traînera son cœur vide dans le monde désert. Il le faut ! il le faut !
Oui, il le faut.
JEAN BAUDRY
Le faut-il vraiment?
OLIVIER
Oui.
JEAN BADDRY.
Vous le pensez tous ?
BRUEL
Oui.
186 JEAN BAUDRY
JEAN BAUDRY, à Andrée.
Et VOUS ?
ANDRÉE
Il le faut.
BRDEL.
Merci, Andrée !
JEAN BA0DRY
Il ne pourra jamais revenir?
ANDRÉE
Jamais.
JEAN BAUDRY, à part.
Comme elle l'aime! (Haut.) En ce cas, puisque c'est l'avis de tout le monde, séparons-nous. Allons, Andrée, vous n'avez pas un mot à dire à celui qui va partir?
ANDRÉE
Adieu, monsieur.
JEAN BAUDRY
Vous ne lui tendez pas la main?
ANDRÉE
Oui. (Elle tend la main à Olivier.)
JEAN BAUDRY
Eh bien! à qui donc tendez-vous la main?
ANDRÉE
A celui qui va partir.
JEAN BAUDRY
Mais celui qui va partir, c'est moi !