‹ Théatre completChapitre 104 sur 176 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

MAUVE RGN AT, assis à un bureau adossé au mur de droite. Entre ARMAND. Mauvergnat se retourne, le voit et se rejette à son bureau.

ARMAND

D'abord, puisque vous ne m'offrez pas cette chaise, je l'accepte, (ii s'assied.) Ensuite, prêtez-moi quatre mille francs. Je ne sais pas ce que j'ai fait au baccarat, mais il a cessé décidément d'être gentil avec moi. Il m'a encore taquiné toute la nuit. Le fâcheux est qu'il ne s'est pas contenté de me faire perdre tout ce que je possédais. Mauvergnat, combien ça vaut-il ce matin, quatre mille francs? — Silence dans les rangs? Diable! ce sera cher. — Dites donc, j'ai un gage. Un oncle, riche, octogénaire, célibataire, sans enfants, II. 13

sans gouvernante, sans autre neveu que moi, sans nièce, à moi tout seul, avare. C'est le dernier. Après lui, je n'aurai plus personne à vous donner. J'ai bien d'autres oncles par-ci par-là, mais je ne les compte pas, parce qu'ils ont des enfants. Je n'appelle parents que ceux dont j'hérite. La seule excuse de mes faux parents est de ne pas me rogner l'héritage de mon oncle pour de bon : il est, lui, du côté de mon père, et tout le reste est maternel. Il est donc excellent. Vous va-t-il? Non? Vous ne voulez pas de mon dernier oncle? Avarice garantie ! Quelle vertu rédhibitoire lui trouvez-vous donc?

MAUVERGNAT, se retournant.

Et l'héritage de votre tante de Lyon, quand le touchez-vous?

ARMAND, h p;.rt.

Aïe!

MAUVERGNAT.

Ah! VOUS venez m'emprunter! Oui, comme la nouvelle est de ce matin, vous croj^ez que je ne la sais pas encore. Je la savais avant vous ! Et vous me proposez votre oncle ! Votre tante aussi était une tante pour de bon, riche, nonagénaire! célibataire...

ARMAND

Sans enfants.

MAUVERGNAT.

J'avais l'imbécillité de m'intéresser à sa maladie. Elle est morte. Elle vous avait déshérité!

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