‹ Théatre completChapitre 133 sur 176 · ACTE DEUXIÈME. 2il · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. 2il

Lèvres minces, regard mal baissé; envieuse, laaui.) C'est un bien beau jour, n'est-ce pas, madame?

MADEMOISELLE GERTRUDE, mo.ii^ste.

Mademoiselle seulement.

MAUVERGNAT, à i>art.

Sourire sans conviction, (caiant.) C'est donc que vous l'avez voulu?

MADEMOISELLE GERTRUDE

Oh! monsieur, je n'ai jamais été belle. Et d'ailleurs, ce n'est pas la beauté qu'on épouse.

MAUVERGNAT.

C'est la dot. Il est vrai qu'on ne connaît plus que l'argent. C'est une pitié. Les plus solides mérites, la vertu, la douceur, l'acharnement au travail, ne sont pas ce qu'on aime dans l'être auquel on s'associe pourtant à perpétuité.

MADEMOISELLE GERTRUDE

Monsieur est célibataire?

MAUVERGNAT.

Je l'ai été. — Oh! la richesse, quelle injustice! L'un meurt de faim, pendant que l'autre crève d'indigestion. Et souvent dans la môme famille! Je vous disais tout à l'heure que c'était aujourd'hui un bien beau jour; j'employais une formule amèrement ironique. C'est au contraire le jour où la famille se réunit et se compare, où les disgraciés sont admis à la contemplation des privilégiés, où ils peuvent admirer le H. IG

luxe des autres, les bracelets des autres, les diamants des autres, où l'on jouit du bonheur des siens.

MADEMOISELLE GEUTRUDE.

Je ne suis pas comme vous. Je ne souffre pas de la félicité de mes proches. On peut tout supporter quand on a de la religion.

MAU VERGNAT.

A qui le dites-vous? Mais il en faut beaucoup.

MADEMOISELLE GERTRUDE

Dieu m'a fait la grâce d'être incapable d'envie. Ainsi je suis la sœur de feu monsieur Berteau; je vois donc mon neveu se marier tout jeune, quand sa tante n'est pas encore mariée; j'ai vu ma belle-sœur avoir le mariage, la capitale, les spectacles, les carrosses, tandis que moi je me crottais en province ; car j'habite Lisieux. J'avais eu l'imprudence de dire une fois que la ville me plaisait : mon frère m'y avait vite acheté une maison. Eh bien, je pardonne sincèrement à ma bellesœur d'avoir pris tout pour elle et pour son fils. Il est vrai que ce n'est guère sa faute et que je serais injuste si je lui reprochais d'avoir rien fait pour accaparer la tendresse de mon frère. Elle n'affectait pas de l'aimer éperdument. Avec lui, elle était plutôt résistante et triste. On ne pouvait toujours pas l'accuser de fausseté. Oh! je ne veux pas dire qu'on pût l'accuser d'autre chose. Sérieusement, je n'ai jamais eu de preuve. Il est vrai qu'on me maintenait à Lisieux. Il y en avait qui disaient que c'était elle qui m'avait fait donner la maison. Une chose certaine, c'est que toute

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