‹ Théatre completChapitre 153 sur 176 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

plaidaille pas, mais enfin, si je n'avais appris la chose que demain, ce soir, dans une heure, j'aurais été marié, qu'aurais-je fait? aurais-je bouleversé...? — Pourquoi monsieur de Bray est-il mêlé à cela? Je comprends l'intérêt de l'autre; quand je suis entré pour parler à Geneviève, je l'ai vu sortir avec ma tan... — mademoiselle Berteau; ils faisaient leurs parts. Mais pourquoi est-ce monsieur de Bray qui me l'a présenté? Il n'hérite pas, lui. Oh! j'ai peur. Si mon mariage est défait... — Oui, il l'a demandée. Geneviève à un autre! Jamais. Ceci termine tout. Et

pour que ce soit bien fini (U prend la lettre dans sa poche),

cette lettre a fait assez de mal, elle n'en fera plus. (Il la brûle.) La lettre? quelle lettre? Il n'y en a jamais eu. Monsieur de Bray ne sait rien, il m'en a juré sa parole d'honneur après l'afîaire. Ce Mauvergnat? qui croira ce drôle contre moi? Alors, pourquoi vous êtesvous battu? Parce que ma mère avait été calomniée. La preuve que c'était une calomnie, c'est que je garde l'argent. Tout est pour le mieux. — Ah! pourquoi monsieur de Bray ne m'a-t-il pas tué? Maladroit que je suis de l'avoir blessé! — Oui, tout est pour le mieux. Je vivrai du travail de cet homme pour qui ma vie est une offense. Ce n'est pas assez de l'avoir volé tant qu'il a été au monde, je le volerai jusque dans sa tombe! Et je continuerai mon métier, je serai avocat, je défendrai le droit, je protégerai la propriété, je ferai restituer les biens volés! Allons, la cause est mauvaise, je ne la gagnerai pas! (ii tombe assis sur une chaise. — Tout à coup il se relève.) Mais, ah çà, je suis incroyable. Je raisonne depuis le commencement comme

sMl m'était prouvé que la lettre fût vraie. Qu'est-ce qui le prouve? Avec cela que ce serait la première fois qu'on aurait imité une écriture! Cette lettre, je l'ai lue en courant, j'étais troublé de ce que cet homme me disait, j'avais le sang dans les yeux, je ne l'ai plus pour la relire, c'était un faux. Ce n'est pas ma mère qui l'a écrite, et celui qui l'a reçue n'est pas

mon... (Ses yeux rencontrent le portrait.) Ail ! VOUS VOilà, VOUS.

Êtes-vous mon père ? Non, n'est-ce pas? Si ! vous l'êtes. Je vous renie parce que vous étiez pauvre. Je comprends à présent pourquoi on me faisait payer ses dettes le jour de mon mariage; on voulait l'associer un peu à mon bonheur et que le père eût une pensée du fils ce jour-là. Je comprends tout. Quelqu'un a dit que je lui ressemblais, il a voulu s'expatrier pour ne pas me nuire, mais il n'a pas eu la force de vivre loin de son enfant, il est revenu, il s'est caché, il a assisté invisible à mon bien-être, et moi j'étais riche, et moi je riais, et moi j'avais tout, pendant que mon père mourait misérable. Et maintenant je le renie. Je suis ton fils! je suis ton fils! je suis ton fils! — C'est dit. Je me résigne. Je ne reverrai personne, que diraisje? j'écrirai. Qu'est-ce que j'emporte? Rien que ce portrait. Allons, (n prend le portrait.) Penser que dans ce moment je serais marié ! — Adieu, (n son. Au même moment,

on entend les voix éperdues de madame Berteau et de Geneviève. Il rentre précipitamment et cache le portrait dans une bibliothèque.)

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